Lot-et-Garonne, 16 septembre 2026. Alexandra Frégonèse, 55 ans, a transformé un drame familial en une ambition industrielle. Sa mère, emportée par le diabète, lui a inspiré Süvy, un substitut du sucre présenté comme une première : même goût, huit fois moins de calories et un index glycémique inférieur à celui de la carotte. Le produit, déjà vendu en ligne, s’expose jusqu’à ce soir aux Galeries Lafayette à Paris, où nougats, amandes caramélisées et pop-corn sucrés au Süvy attirent les visiteurs. Une vitrine éphémère pour une innovation qui mise sur l’industrie.
Le sommaire
27 brevets et une usine de 3 000 m² pour tripler la production
Présidente fondatrice des Laboratoires Innovi, Alexandra Frégonèse a déposé 27 brevets pour protéger sa formule, un mélange d’érythritol et de fibres solubles. “Avant Süvy, aucun substitut ne permettait de cuisiner sans compromis”, affirme-t-elle. La poudre, classée parmi les alcools de sucre, évite l’amertume de la stévia ou les controverses autour de l’aspartame. Son nom, contraction de “sucre” et “vie”, porte une promesse : réduire les risques métaboliques sans renoncer au plaisir.
Pour répondre à la demande, Innovi construit une usine dédiée de 3 000 m² dans le Lot-et-Garonne. L’investissement, dont le montant n’a pas été dévoilé, doit tripler la capacité de production et générer 45 emplois. Un ancrage territorial qui contraste avec la concentration des géants du secteur, comme Cargill ou Tate & Lyle, dont les usines sont majoritairement situées en Europe du Nord.
Un marché des édulcorants en ébullition, entre santé et réglementation
Le secteur des substituts du sucre pèse 12 milliards de dollars en 2026, avec une croissance annuelle de 6 % selon Euromonitor. Süvy se positionne sur un créneau précis : les consommateurs soucieux de leur glycémie, mais réticents aux édulcorants artificiels. “Notre cible ? Les diabétiques, bien sûr, mais aussi les sportifs et les parents qui veulent limiter l’exposition de leurs enfants au sucre”, explique Alexandra Frégonèse.
La réglementation européenne, de plus en plus stricte sur les allégations santé, pourrait cependant freiner son développement. Süvy évite le piège des mentions “sans sucre” ou “zéro calorie”, préférant mettre en avant son “impact glycémique réduit”. Une stratégie qui rappelle celle de certains acteurs historiques, comme les fabricants d’isomalt, dont les brevets ont expiré dans les années 2010.
Galeries Lafayette, tremplin vers la grande distribution
La présence de Süvy aux Galeries Lafayette jusqu’au 16 septembre marque une étape clé. “C’est une validation par le marché du luxe, qui nous ouvre les portes de la grande distribution”, analyse un observateur du secteur. Le produit, vendu 12,90 € les 250 grammes sur le site d’Innovi, reste trois fois plus cher que le sucre blanc. Un différentiel que la fondatrice justifie par la qualité des ingrédients et l’absence de subventions agricoles, contrairement à la betterave ou à la canne.
Reste à convaincre les industriels de l’agroalimentaire, traditionnellement prudents face aux innovations. “Les géants comme Nestlé ou Danone testent des dizaines de substituts chaque année, mais peu franchissent le cap de la production à grande échelle”, note un consultant en R&D alimentaire. Süvy mise sur des partenariats avec des artisans et des traiteurs haut de gamme pour contourner cette frilosité.
En Lot-et-Garonne, les premiers sacs de Süvy sortiront de la nouvelle usine d’ici à l’été 2027. Alexandra Frégonèse, qui a refusé toute levée de fonds pour conserver le contrôle de son entreprise, mise sur un modèle 100 % industriel. “Notre force, c’est d’être une PME agile dans un secteur dominé par des multinationales”, résume-t-elle. Un pari risqué, mais qui pourrait bien redessiner le paysage des édulcorants en Europe.
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