Lorient, le 12 septembre 2026 – Phantom, pionnier des foils grand public placé en liquidation judiciaire en novembre 2025, renaît sous l’impulsion d’un trio d’investisseurs expérimentés. La PME bretonne, connue pour son catamaran volant Flying Phantom, mise sur un marché du wingfoil estimé à 800 M€ et en croissance annuelle de 10 à 20 % pour se repositionner comme acteur clé de la Sailing Valley.
Le sommaire
Un sauvetage par des profils complémentaires
La reprise de Phantom a été orchestrée par Thomas Normand, ex-directeur commercial de NorthSails, Jérôme Dédéyan, cofondateur d’Eres Group, et Didier Le Menestrel, fondateur de La Financière de l’Échiquier. Ce trio allie expertise nautique, structuration financière et réseau industriel – un atout pour une entreprise dont les difficultés passées tenaient autant à la concurrence qu’à des choix stratégiques hasardeux. Eres Group et La Financière de l’Échiquier apportent une crédibilité immédiate auprès des partenaires et des distributeurs, tandis que Normand, fort de son expérience chez NorthSails, entend capitaliser sur les relais commerciaux du groupe.
Le site de production a été réinstallé à La Base, pôle emblématique de la course au large à Lorient, où Phantom bénéficie d’un écosystème unique : bureaux d’études, chantiers navals et équipes de compétition. “C’est un choix industriel autant que symbolique”, souligne un observateur du secteur. “La Sailing Valley offre une visibilité technique et commerciale que peu de territoires peuvent égaler.”
Wingfoil et voilerie : une double relance
Phantom mise sur deux leviers pour sa relance. D’abord, le wingfoil, segment porteur où la marque entend se différencier par des produits haut de gamme – boards, foils et voiles – ciblant pratiquants confirmés et clubs. “Le marché est dominé par des acteurs internationaux, mais la demande pour du matériel performant et innovant reste forte”, explique un distributeur spécialisé. Ensuite, la voilerie, métier historique de Phantom, qui représente un relais de revenus récurrents via des contrats B2B avec des teams et des loueurs.
Les détails financiers de la reprise restent confidentiels : ni montant de l’investissement, ni valorisation de la nouvelle entité, ni objectifs commerciaux chiffrés n’ont été communiqués. “C’est une phase de reconstruction, pas encore de communication grand public”, précise un proche du dossier. La priorité est donnée à la R&D et à la montée en puissance industrielle, avec un calendrier qui s’étalera sur 18 à 24 mois.
Un pari risqué sur un marché concurrentiel
Le wingfoil, bien que dynamique, reste un marché de niche où les marges sont serrées et la concurrence féroce. Phantom devra prouver qu’elle peut tenir son rang face à des marques comme Duotone, Naish ou Starboard, déjà bien implantées. “Leur atout, c’est leur historique dans le foil et leur ancrage local”, note un analyste. “Mais ils partent de zéro en termes de production et de réseau de distribution.”
La voilerie, en revanche, pourrait s’avérer un levier plus stable. “Les contrats avec les teams et les clubs offrent une visibilité à moyen terme, surtout si Phantom parvient à se positionner sur des voiles optimisées pour le wingfoil”, ajoute-t-il. La marque compte aussi sur des partenariats avec des acteurs de la course au large pour renforcer sa crédibilité technique.
Emploi et ancrage territorial : des enjeux immédiats
L’implantation à Lorient n’est pas anodine. La Sailing Valley concentre près de 3 000 emplois directs dans le nautisme, avec des acteurs comme MerConcept, CDK Technologies ou encore les teams de la Coupe de l’America. Phantom entend recruter localement, mais les effectifs exacts et les investissements en outils de production n’ont pas été dévoilés. “La reprise est récente, et les repreneurs privilégient une approche progressive”, indique une source proche des négociations.
Pour les dirigeants B2B, plusieurs questions restent en suspens : Phantom parviendra-t-elle à sécuriser des alliances industrielles pour accélérer sa production ? Sa stratégie de niche résistera-t-elle à la pression des géants du secteur ? Et surtout, la marque saura-t-elle éviter les écueils qui l’avaient menée à la liquidation en 2025 ? Les prochains mois seront décisifs, avec une première échéance : la présentation de sa nouvelle gamme wingfoil prévue pour le Nautic de Paris en décembre.
En attendant, le trio d’investisseurs mise sur un mix de patience et d’agressivité commerciale. “Phantom a une carte à jouer, mais elle doit prouver qu’elle a tiré les leçons du passé”, résume un concurrent. “Le wingfoil est un marché en croissance, mais ce n’est pas un eldorado.”
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