Pompe à chaleur, le marché en France montre enfin un frémissement après trois exercices de correction sévère. Au premier semestre 2026, la demande repart modestement à la hausse, tirée par la remontée des coûts du gaz et du fioul dans le sillage des tensions au Moyen-Orient, alors que l’exécutif cherche à accélérer l’électrification du chauffage résidentiel.
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Le rebond reste, à ce stade, plus significatif par ce qu’il dit du marché que par son ampleur. Après un pic de 358 000 unités vendues en 2022, la filière serait retombée à 182 000 en 2025, selon les éléments transmis par les acteurs du secteur. Ces chiffres n’ont pas tous pu être recoupés dans des sources publiques récentes avec le niveau de précision habituel, mais la tendance de fond, elle, ne fait guère de doute : l’emballement post-Covid a laissé place à une violente normalisation, avant un début de reprise en 2026.
Un redémarrage graduel après l’euphorie de 2022
Ce redressement est d’abord alimenté par l’arbitrage des ménages. Quand le gaz et le fioul se renchérissent brutalement, les équipements électriques redeviennent plus compétitifs dans les calculs de coût d’usage, surtout pour les maisons individuelles chauffées aux énergies fossiles. Le raisonnement est connu des industriels : tant que l’écart de facture reste lisible, la pompe à chaleur air-eau retrouve des arguments commerciaux qu’elle avait en partie perdus avec le reflux des prix de l’énergie et le durcissement des conditions de financement.
Chez Saunier-Duval, l’heure n’est pourtant pas au triomphalisme. Diego Lepoutre, directeur des ventes et du marketing France, décrit une amélioration progressive, sans emballement. En substance, le groupe considère que la reprise est plus saine que celle observée lors de la poussée de 2022 : la filière se réorganise, la demande revient étape par étape et les volumes restent en deçà des sommets atteints après la crise sanitaire.
Ce point est crucial pour les fabricants comme pour leurs sous-traitants. L’année 2022 avait créé des anticipations de marché très élevées, parfois prolongées par des investissements industriels calibrés pour une croissance durable. Le retournement qui a suivi a été brutal. Dans ce type de cycle, le sujet n’est pas seulement commercial ; il devient rapidement social et capacitaire.
Saunier-Duval voit revenir un peu d’air sur l’emploi
La séquence récente de Saunier-Duval l’illustre. Face à la contraction des ventes, le fabricant avait engagé un plan de sauvegarde de l’emploi sur son site nantais, une usine pouvant produire jusqu’à 120 000 pompes à chaleur air-eau par an. Le signal observé depuis quelques mois est moins spectaculaire, mais il est tangible : l’entreprise recommence à augmenter prudemment ses effectifs, d’abord via l’intérim.
Le recours aux intérimaires en début de reprise n’a rien d’anecdotique. Il permet d’absorber un redémarrage de cadence sans recréer trop vite des coûts fixes, alors que la visibilité reste limitée. Pour les industriels du chauffage, la question n’est pas uniquement de répondre à un carnet de commandes à court terme ; il s’agit aussi de savoir si la demande 2026 correspond à un vrai point d’inflexion ou à un simple effet conjoncturel lié au choc énergétique.
Le commerce de détail en France a, lui aussi, montré un rebond en juin, selon les dernières statistiques de l’Insee. Le parallèle a ses limites, mais il rappelle que les achats d’équipements restent très sensibles au climat de consommation, au niveau des aides et au coût de l’énergie. Autrement dit, la reprise des pompes à chaleur n’est pas isolée de l’environnement macroéconomique.
Cette prudence s’explique aussi par le traumatisme récent du secteur. Entre installateurs qui ont dû absorber une baisse d’activité, distributeurs confrontés à des stocks trop élevés et industriels forcés d’ajuster la production, toute la chaîne de valeur a payé le reflux du marché. Dans ce contexte, une croissance modeste mais régulière est souvent préférable à une flambée de commandes suivie d’un nouveau trou d’air.
L’État cherche à transformer le sursaut en bascule durable
L’exécutif veut profiter de cette fenêtre pour accélérer. Son objectif est double : réduire la dépendance des ménages aux combustibles fossiles et soutenir une base industrielle française déjà fragilisée par la volatilité du marché. Le levier principal reste la prime « Coup de pouce chauffage », à laquelle pourrait s’ajouter un mécanisme inspiré du leasing social automobile afin d’abaisser le coût d’entrée pour les foyers.
La logique économique est claire. Une pompe à chaleur demande un investissement initial élevé, même si elle peut réduire la facture sur la durée. Dès lors, le sujet n’est pas seulement le prix total, mais l’effort de trésorerie au moment de l’achat. Un montage de type location avec option d’achat, ou quasi-leasing subventionné, reviendrait à déplacer une partie du frein de demande, avec un effet potentiellement puissant sur les classes moyennes propriétaires de logements chauffés au gaz ou au fioul.
Le discours public s’inscrit plus largement dans une stratégie d’électrification des usages thermiques. On le voit aussi dans d’autres segments, avec la volonté du gouvernement de renforcer les infrastructures de froid urbain, comme l’a rapporté Les Échos sur les réseaux de froid. Dans le résidentiel, la pompe à chaleur reste toutefois l’outil le plus directement mobilisable pour convertir le parc existant.
Un autre facteur joue en arrière-plan : l’évolution du diagnostic de performance énergétique. Le rééquilibrage du calcul en faveur des logements chauffés à l’électricité, détaillé par Investir, peut améliorer l’attractivité économique des équipements électriques dans certains arbitrages immobiliers. Pour les propriétaires bailleurs comme pour les occupants, le DPE pèse désormais sur la valeur, la location et le calendrier des travaux.
Le vrai marché reste encore chez les chaudières fossiles
Le principal rappel à la réalité vient d’un chiffre cité par l’Élysée : plus de 420 000 chaudières au fioul ou au gaz ont encore été installées en France en 2025. Même si les pompes à chaleur France retrouvent un peu d’élan, le rapport de force reste donc défavorable. En clair, le marché à convertir demeure immense.
Cette donnée résume l’équation industrielle du secteur. D’un côté, les fabricants de pompes à chaleur disposent d’un gisement de remplacement considérable. De l’autre, les énergies fossiles conservent des avantages très concrets : coût d’installation souvent mieux accepté, réseaux d’installateurs historiquement structurés, habitudes des ménages et contraintes techniques de certains logements. La transition ne se jouera pas seulement sur le prix de l’énergie ; elle dépendra aussi de la qualité de pose, du financement, du service après-vente et de la stabilité des aides.
Le marché pourrait également être influencé par l’environnement réglementaire de l’immobilier ancien. Les débats autour des passoires thermiques et des ajustements du DPE, relayés notamment par Capital, peuvent modifier le tempo des rénovations et, par ricochet, celui des changements de système de chauffage. Pour les professionnels, cela signifie une chose : la demande dépendra autant de la politique publique que des fondamentaux énergétiques.
Reste une question, décisive pour 2027 : l’État saura-t-il installer une trajectoire d’aide suffisamment lisible pour éviter un nouveau cycle d’à-coups ? La filière a besoin de volumes, mais surtout de prévisibilité. Après l’excès de 2022 et la chute qui a suivi, c’est probablement le premier vrai test de maturité du marché français des pompes à chaleur.
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