Omnicom Media resserre son portefeuille d’agences. Le groupe a officialisé vendredi la réunion de Hearts & ; Science et de Mediahub sous une même bannière, Hearts United, un nouvel ensemble appelé à opérer dans 40 marchés et à peser environ 9,1 Md$ de billings en 2025, selon les chiffres avancés par le réseau. Dans l’industrie des agences médias, où la taille reste décisive face aux plateformes technologiques et aux grands annonceurs, l’opération dit autant une recherche de masse critique qu’un arbitrage sur le positionnement des marques.
Le sommaire
La manœuvre ne touche pas au noyau historique d’Omnicom Media, qui rassemble déjà OMD, PHD, Initiative et UM. Elle vise deux enseignes plus récentes, présentées en interne comme des réseaux « challengers » à forte croissance. Le groupe met en avant leur complémentarité géographique, culturelle et opérationnelle : Hearts & ; Science s’est construit sur l’exploitation de la donnée dans l’achat média et la mesure de performance ; Mediahub, de son côté, a davantage bâti sa réputation sur l’intégration de la création et de la stratégie média.
Hearts United, une consolidation ciblée dans le milieu de gamme mondial
Le rapprochement repose d’abord sur une lecture de portefeuille. Entre 2021 et 2025, les billings de Hearts & ; Science auraient progressé de 50 %, contre 33 % pour Mediahub. Ces rythmes de croissance plaident moins pour un sauvetage que pour une consolidation de deux réseaux jugés suffisamment solides pour être fusionnés sans perdre leur dynamique commerciale. Omnicom Media cherche visiblement à éviter la dispersion de marques intermédiaires dans un marché où les appels d’offres mondiaux favorisent les groupes capables d’aligner rapidement data, conseil, activation et commerce.
Le futur ensemble revendique déjà une base de clients de premier plan, parmi lesquels AT& ; T, FedEx, Fox Entertainment, Fox Sports, L.L. Bean, Morgan Stanley, la NBA, Netflix, New Balance, Pinterest, Red Bull et Royal Caribbean. La diversité du portefeuille est un signal utile : elle réduit la dépendance à un seul secteur et donne au réseau une profondeur commerciale immédiate, même si le groupe ne détaille pas la répartition des revenus par client ni le poids exact de chaque compte dans les 9,1 Md$ de billings annoncés.
Dans l’économie des agences, les billings ne correspondent pas au chiffre d’affaires : ils mesurent les volumes d’achats médias gérés pour les annonceurs. Le montant avancé par Omnicom Media donne donc une idée de la puissance d’achat et du poids commercial de Hearts United, pas de sa rentabilité. C’est néanmoins un indicateur très suivi dans le secteur, car il conditionne à la fois le rapport de force avec les plateformes publicitaires et l’attractivité auprès des grands comptes internationaux.
Un modèle plus intégré, avec l’IA comme outil de productivité
Omnicom Media structure Hearts United autour de quatre principes opérationnels. Le premier consiste à relier davantage la rémunération de l’agence à la croissance des clients. La formule reste large, mais elle s’inscrit dans une tendance de marché : les annonceurs cherchent des contrats plus corrélés aux résultats, qu’il s’agisse de ventes, d’acquisition ou de performance commerciale. Pour les agences, cela suppose des dispositifs de mesure plus robustes et une capacité à défendre leur valeur au-delà du simple achat d’espace.
Le deuxième axe concerne l’intelligence artificielle, appelée à être intégrée dans les workflows pour automatiser une partie des tâches et dégager du temps sur les missions à plus forte valeur ajoutée. Là encore, le sujet n’est plus cosmétique. Dans les agences médias, l’IA est désormais mobilisée sur la planification, l’optimisation des campagnes, le traitement de données propriétaires ou encore l’analyse d’audience. Le gain attendu est double : améliorer la productivité des équipes et préserver les marges dans un métier où la pression tarifaire reste forte.
Troisième pilier : sortir d’une lecture par canaux séparés pour travailler à l’échelle des plateformes, des communautés, des créateurs et des environnements de commerce. Derrière cette formule, on retrouve le glissement progressif du média vers des dispositifs plus transversaux, où la frontière entre branding, influence, retail media et conversion devient de plus en plus poreuse. Le quatrième principe complète l’ensemble : des équipes plus resserrées, encadrées par des profils seniors. En clair, moins de strates, davantage de décision au plus près du client, avec la promesse d’une exécution plus rapide.
Cette orientation s’appuie, selon le groupe, sur les moyens mutualisés d’Omnicom Media en matière de data, de technologie, d’identité, de commerce et de talents. Ces briques sont devenues centrales dans la compétition entre réseaux. Une agence média n’est plus seulement jugée sur sa capacité à négocier les meilleurs espaces publicitaires, mais sur sa faculté à articuler données propriétaires, ciblage, création de contenus, e-commerce et mesure d’efficacité dans un cadre de plus en plus contraint par la réglementation sur la vie privée.
Une gouvernance encore incomplète, mais des premiers arbitrages régionaux
La fusion ne vaut pas seulement par son architecture commerciale ; elle implique aussi un nouvel organigramme. Aux États-Unis, Nicole Estebanell, jusque-là CEO de Mediahub US, prend la direction de Hearts United. En zone EMEA, Ross Jenkins, qui pilotait Mediahub dans la région, est nommé à la tête du nouvel ensemble. L’Asie-Pacifique et l’Amérique latine restent, elles, en attente : Omnicom Media prévoit d’annoncer ses responsables au quatrième trimestre 2026.
En France, le choix s’est porté sur Charles Roussaux, directeur général de Hearts & ; Science depuis juin 2024. La décision n’est pas anodine. Le marché français reste très concurrentiel sur les grands budgets, avec une forte présence des réseaux historiques et une attente croissante des annonceurs sur la mesure de performance, le retail media et l’orchestration cross-canal. Installer rapidement une direction identifiée était donc une condition minimale pour éviter qu’une fusion mondiale ne reste abstraite pour les clients locaux.
Le partage des postes donne aussi un indice sur l’équilibre interne du rapprochement. Omnicom Media évite, à ce stade, toute communication sur d’éventuelles rationalisations d’effectifs ou de back-offices. Le message officiel est celui d’une addition de compétences plus que d’une intégration défensive. En pratique, ce type d’opération s’accompagne souvent d’un travail discret sur les doublons, les process et les lignes hiérarchiques, surtout quand l’ambition affichée est de faire travailler des équipes plus compactes.
Un signal de plus dans la recomposition des agences médias
La création de Hearts United intervient dans un secteur déjà engagé dans une phase de concentration fonctionnelle. Les holdings publicitaires cherchent moins à multiplier les enseignes qu’à clarifier leur architecture, mutualiser les outils technologiques et mieux exploiter leurs actifs de données. Chez Omnicom, ce mouvement s’inscrit dans une logique de simplification du portefeuille, sans remettre en cause les grandes marques mondiales du groupe.
Faute de sources tierces directement consacrées à cette opération au moment de l’annonce, l’analyse doit rester cantonnée aux éléments fournis par l’entreprise. Les références externes disponibles portent ici sur des sujets voisins de gouvernance et de mouvements d’entreprises, comme les récentes nominations relevées par Les Échos, ou sur d’autres dynamiques de structuration d’actifs, à l’image de ce mouvement logistique observé dans les PME régionales. Elles n’apportent pas de confirmation indépendante sur Hearts United, mais rappellent un point de méthode : dans les services comme dans l’industrie, les changements de marque ou de périmètre valent surtout par leur traduction opérationnelle.
C’est sur ce terrain que Hearts United sera jugé. Omnicom Media promet une agence plus agile, plus technologique et plus seniorisée. Reste à voir comment le nouvel ensemble convertira cette promesse dans les appels d’offres mondiaux, sans diluer l’identité des deux réseaux absorbés. Les prochaines annonces de gouvernance en Asie-Pacifique et en Amérique latine, attendues d’ici la fin de 2026, donneront un premier aperçu de la vitesse réelle d’intégration.
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