Un dossier de reprise a été déposé lundi 24 août pour l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens, à l’échéance du délai accordé par le tribunal de commerce de Toulouse. Pour ce site de Haute-Garonne, présenté comme la dernière grande usine française encore en activité dans la pâte à papier, l’enjeu est immédiat : préserver la continuité d’exploitation et éviter de suivre Tarascon, liquidée fin juillet.
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L’offre n’est pas arrivée directement au nom des industriels. Elle a été formalisée par l’Agence régionale des investissements stratégiques, structure de fonds privés pilotée par la région Occitanie, afin de laisser aux partenaires le temps de verrouiller le montage. Selon la CGT Haute-Garonne, le projet prévoit le maintien des quelque 270 salariés du site et peut encore être ajusté jusqu’au 3 septembre.
Un montage porté par la région pour tenir le calendrier judiciaire
Le dossier Saint-Gaudens relève moins d’une transaction classique que d’un sauvetage industriel sous contrainte de procédure collective. Fin juillet, le tribunal avait laissé un sursis au site jusqu’au 24 août pour permettre le dépôt d’une offre, alors qu’une première tentative de reprise globale du groupe, portée par Matthieu Pigasse avec l’appui des régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, avait été écartée.
Ce délai supplémentaire reposait sur une offre encore incomplète, décrite comme préliminaire dans la presse spécialisée, avec un engagement financier initial de 2 M€. L’Usine Nouvelle indiquait alors que Soprema travaillait à consolider son offre avec d’autres partenaires industriels. La région Occitanie et le département de Haute-Garonne auraient, selon plusieurs publications concordantes, prévu 5 M€ chacun pour soutenir l’opération. Ce soutien public n’efface pas la fragilité du dossier, mais il permet de maintenir une option de reprise là où la liquidation paraissait, il y a encore quelques semaines, le scénario le plus probable.
Le calendrier reste serré. L’examen des offres est attendu le 8 septembre et, en l’absence de solution retenue, le tribunal pourrait prononcer la liquidation judiciaire autour du 15 septembre. À ce stade, il faut donc distinguer le fait acquis — le dépôt d’une offre — de son issue, qui dépend encore de sa recevabilité juridique, de son financement final et de la crédibilité du projet industriel.
Deux activités sur un même site, avec Soprema en pivot
Le schéma décrit par les représentants du personnel repose sur une répartition en deux blocs. D’un côté, un grand groupe européen, dont le nom n’a pas été rendu public, reprendrait l’activité de pâte à papier. De l’autre, Soprema développerait sur place d’autres activités industrielles. Ce partage traduit une réalité économique : sauver Saint-Gaudens suppose sans doute de ne plus raisonner uniquement sur le métier historique, mais sur une recomposition plus large du site.
Le rôle de Soprema est suivi de près depuis plusieurs semaines. La Tribune a fait état d’un positionnement avancé du groupe alsacien, avec l’appui évoqué de partenaires industriels, notamment pour les volets énergie. L’industriel de l’étanchéité n’arrive pas en investisseur financier opportuniste : l’intérêt du dossier tient précisément à la possibilité de redéployer un site doté d’infrastructures lourdes, d’un savoir-faire industriel et d’un ancrage logistique déjà en place.
Reste une inconnue majeure : la solidité du repreneur prévu pour la pâte à papier. Sans visibilité sur ce partenaire, il est difficile d’évaluer la cohérence d’ensemble du projet, alors même que cette activité concentre une grande part des enjeux d’approvisionnement, de coût énergétique et de compétitivité. Le dépôt formel de l’offre règle l’urgence procédurale ; il ne lève pas encore toutes les réserves industrielles.
Après Tarascon, Saint-Gaudens concentre l’enjeu de filière
Le dossier a changé de nature depuis la liquidation judiciaire de Tarascon, prononcée le 29 juillet par le tribunal de commerce de Toulouse. BFM TV rappelait alors que le tribunal ne voyait pas de perspectives de redressement pour ce site. L’Usine Nouvelle soulignait dans la foulée que Saint-Gaudens devenait l’ultime actif industriel du groupe encore susceptible d’être repris.
Cette bascule n’est pas seulement symbolique. Fibre Excellence détenait les deux dernières grandes usines françaises de pâte à papier. La disparition de Tarascon a resserré encore un peu plus un secteur déjà sous tension, pris entre le prix de l’énergie, l’accès au bois, les coûts environnementaux et la faiblesse des marges. Dans ce contexte, Saint-Gaudens ne vaut pas seulement pour ses emplois directs. Le site pèse aussi pour la chaîne locale de sous-traitance, les flux de bois et la capacité française à conserver un outil industriel sur ce segment.
Le chiffre de 270 salariés, avancé pour Saint-Gaudens, donne la mesure sociale du dossier, mais il ne résume pas tout. La fermeture d’une usine de pâte à papier emporte d’ordinaire bien au-delà de son effectif propre : transporteurs, maintenance, énergie, exploitation forestière et collectivités locales encaissent le choc, souvent sur plusieurs années. C’est ce qui explique l’implication inhabituelle des acteurs publics régionaux dans un processus qui reste, en droit, une reprise d’actifs en redressement judiciaire.
Un groupe fragilisé malgré 300 M€ déjà injectés
La situation de Fibre Excellence ne s’est pas dégradée en quelques semaines. Le groupe a été placé en redressement judiciaire fin avril, après le retrait de son actionnaire indonésien Jackson Wijaya. Selon les éléments convergents disponibles, celui-ci avait déjà apporté près de 300 M€ avant de renoncer à remettre au pot, au motif que la rentabilité n’était plus au rendez-vous.
Ce point mérite d’être relevé : si un actionnaire a déjà absorbé une telle facture avant d’abandonner, c’est que le problème dépasse un accident de trésorerie. Il touche au modèle économique même de la pâte à papier en France, où l’avantage industriel se joue sur quelques variables décisives : coût de l’électricité et de la vapeur, sécurisation du bois, niveau d’investissement environnemental, capacité à faire tourner les actifs à haut taux de charge.
La reprise de Saint-Gaudens se jouera donc sur deux plans à la fois. Le premier est judiciaire, avec une audience début septembre et une décision attendue dans la foulée. Le second est industriel : il faudra démontrer que le site peut retrouver une trajectoire viable, non pas sur la seule promesse de préserver l’existant, mais sur une configuration d’activités capable de financer l’exploitation. Après l’échec de l’offre Pigasse et la liquidation de Tarascon, le tribunal n’a plus beaucoup de raisons de se contenter d’un dossier simplement défensif.
À ce stade, l’offre de reprise Fibre Excellence a au moins une vertu : elle maintient ouverte la possibilité d’un sauvetage pour Saint-Gaudens. Dans ce dossier, c’est déjà plus qu’un détail de procédure. Ce n’est pas encore une issue.
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