Dijon, 6 août 2026. Le tribunal de commerce de la ville a placé les Cycles Lapierre en redressement judiciaire pour six mois, une décision actée mardi après le dépôt de bilan de sa maison mère néerlandaise Accell. L’entreprise, qui emploie 106 salariés et affiche un chiffre d’affaires de 100 M€ en 2025, dispose désormais d’un délai pour trouver un repreneur capable de sécuriser son avenir industriel.
La procédure, engagée à l’initiative de Lapierre le 5 août, intervient dans un contexte de crise sectorielle aggravée par la cessation de paiements d’Accell, premier fabricant européen de vélos. Le groupe néerlandais, propriétaire de marques comme Raleigh ou Haibike, avait été racheté en 2022 par le fonds KKR, une opération qui a alourdi sa dette et fragilisé ses filiales. “La disparition du soutien financier d’Accell rend impossible le financement normal des échéances à court terme”, justifie la direction de Lapierre, qui mise sur cette période d’observation pour “construire sereinement le futur” de la marque.
Un savoir-faire français menacé par la crise du secteur
Fondée en 1946, Lapierre reste l’une des dernières marques à assembler des vélos en France, avec une réputation solide dans le haut de gamme sportif. Ses cadres ont équipé plusieurs athlètes lors des derniers Jeux olympiques, et son partenariat avec une équipe néerlandaise engagée dans le Tour de France Femmes a maintenu sa visibilité malgré la crise. Pourtant, l’entreprise subit de plein fouet les effets du retournement du marché : les ventes de vélos neufs en France ont chuté de 34 % depuis 2022, selon l’Union Sport & Cycle, et le segment des vélos à assistance électrique (VAE) a reculé de 28 % en deux ans.
Ce repli s’accompagne d’une pression accrue sur les marges, liée à des stocks excédentaires et à des promotions massives. “Le boom post-Covid a entraîné des investissements disproportionnés, alors que la demande s’est effondrée”, explique un analyste du secteur. Pour Lapierre, cette situation se traduit par des difficultés de trésorerie, aggravées par l’absence de soutien de sa maison mère. Le directeur général William Perrier a d’ores et déjà annoncé que la priorité serait de “préserver le maximum d’emplois”, tout en cherchant un investisseur capable de financer durablement l’activité.
Une audience décisive le 25 août
Le tribunal de commerce de Dijon doit statuer le 25 août sur les modalités de la période d’observation, qui pourrait permettre à Lapierre de geler ses dettes et d’obtenir des délais de paiement. Plusieurs pistes de reprise sont évoquées, bien que la direction reste discrète sur les profils d’investisseurs en lice. “Nous allons nous battre pour trouver une solution pérenne”, a déclaré William Perrier, soulignant la volonté de l’entreprise de “construire seul son avenir” après le désengagement d’Accell.
Le cas Lapierre illustre les difficultés d’un secteur en pleine restructuration. Avec près de 70 800 défaillances d’entreprises enregistrées en France sur un an, selon la Banque de France, la crise post-Covid touche particulièrement les acteurs qui ont surinvesti pendant la bulle. Pour les Cycles Lapierre, l’enjeu est désormais de transformer cette procédure en opportunité, en misant sur son ancrage local et son expertise technique pour attirer des repreneurs.
Les discussions avec les créanciers et les potentiels investisseurs s’annoncent serrées. Si aucune solution n’est trouvée d’ici six mois, l’entreprise pourrait basculer en liquidation judiciaire, une issue que la direction espère éviter à tout prix. “Notre objectif est clair : assurer la continuité de l’activité et préserver notre outil industriel”, insiste William Perrier. Une gageure dans un marché où les défaillances se multiplient, mais où Lapierre compte bien jouer la carte de son héritage français pour séduire.
Sources : Le Monde, Les Échos, RMC
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