Bill Gates a fait de la régulation de l’intelligence artificielle une priorité géopolitique. Le cofondateur de Microsoft compte profiter d’une rencontre avec Xi Jinping cet automne pour pousser Pékin à s’engager dans un dialogue international sur les risques les plus critiques de la technologie, des cyberattaques aux menaces biologiques. Son argument : une initiative américaine en la matière pourrait convaincre la Chine de limiter la diffusion de modèles d’IA dangereux – et entraîner le reste du monde dans son sillage.
« Le monde entier suivrait », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par ses équipes. Gates cible trois risques majeurs : les attaques informatiques automatisées, la conception de molécules toxiques par des systèmes d’IA, et les armes biologiques. Des scénarios déjà documentés par des démonstrations récentes, où des algorithmes ont généré des séquences génétiques ou des plans d’attaque exploitables. Pour y répondre, il propose la création d’une organisation internationale dédiée, chargée d’établir des règles et des tests pour identifier les modèles à haut risque.
200 milliards de dollars pour un filet de sécurité sociale
La Fondation Gates prévoit d’investir jusqu’à 200 milliards de dollars d’ici 2045 dans des projets liés à l’IA, avec une attention particulière portée aux inégalités. Gates craint que la technologie n’aggrave les fractures économiques, notamment en pénalisant les populations vulnérables. Parmi ses propositions : taxer une partie des revenus générés par l’IA pour financer un filet de sécurité sociale, et préserver jusqu’à 40 % des emplois actuels pour les humains, notamment dans les secteurs où l’interaction humaine reste indispensable – santé, éducation, ou services sociaux.
Cette approche tranche avec les discours optimistes sur l’IA comme levier de productivité. Gates alerte aussi sur les risques de dépendance psychologique, sans pour autant remettre en cause les bénéfices de la technologie. « L’IA peut sauver des vies, mais elle peut aussi en détruire si elle est mal maîtrisée », résume-t-il. Son plaidoyer intervient alors que les États-Unis et la Chine multiplient les mesures unilatérales – restrictions à l’export, contrôles des puces, ou régulations sectorielles – sans coordination internationale.
Un enjeu de souveraineté technologique
Pour Gates, l’IA est désormais un sujet de sécurité nationale autant qu’un levier économique. Les États ne peuvent plus se contenter de réguler leurs propres entreprises : ils doivent coopérer pour éviter que les modèles les plus puissants ne deviennent des armes. Une position qui rejoint celle de certains experts en cybersécurité, mais qui se heurte aux tensions commerciales et militaires entre Washington et Pékin.
La rencontre avec Xi Jinping, si elle a lieu, pourrait marquer un tournant. Gates mise sur la crainte partagée des dérives pour faire avancer son agenda. Reste à savoir si les deux puissances accepteront de partager des informations sensibles sur leurs avancées technologiques – une condition indispensable pour une régulation efficace, mais un pari risqué dans un contexte de rivalité stratégique.
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