Stéphanie Besnier ne verra pas le déploiement du plan stratégique qu’elle a contribué à bâtir. La directrice financière d’OVHcloud a annoncé son départ du groupe le 31 août, plongeant les investisseurs dans l’incertitude à quelques semaines d’une bascule opérationnelle majeure. L’action du cloudiste français s’est effondrée de 8,8 % mercredi matin, clôturant à 14,54 euros, dans un marché pourtant stable.
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Le timing du départ interroge. Besnier quitte ses fonctions alors qu’OVHcloud s’apprête à exécuter son nouveau plan à cinq ans, présenté en juin, et à finaliser son budget 2027. Une période charnière pour le groupe, qui mise sur une accélération de sa croissance après des années de turbulences post-introduction en Bourse. « Le problème n’est pas le départ en soi, mais son calendrier », résume un analyste parisien. « Perdre sa CFO au moment où l’entreprise entre dans une phase d’exécution, c’est un risque de discontinuité stratégique, même si la continuité opérationnelle est assurée. »
Un bilan financier solide, mais une gouvernance fragilisée
Sous la houlette de Stéphanie Besnier, arrivée en 2023, OVHcloud a pourtant affiché des performances financières en nette amélioration. Au premier semestre 2025-2026, l’Ebitda ajusté a progressé de 5,9 % à 227,2 millions d’euros, avec une marge portée à 40,9 %. Des chiffres qui avaient rassuré les marchés après les avertissements sur résultats de 2022 et 2023. « Elle a redressé la barre sur les fondamentaux, mais la stratégie commerciale et la réorganisation de l’équipe dirigeante restaient à consolider », note un banquier d’affaires spécialisé dans les tech européennes.
Son départ s’inscrit dans une série de remous managériaux pour OVHcloud. Depuis son introduction en Bourse en 2021, le groupe a multiplié les changements à sa tête : retour du fondateur Octave Klaba en 2025, nominations récentes de Pierre Byramjee et Sylvain Siou à des postes clés, et désormais cette vacance à la direction financière. Julien Rabette, directeur financier adjoint, assurera l’intérim, mais aucun successeur n’a encore été désigné. « Le processus de recrutement prendra plusieurs mois, et dans l’intervalle, les investisseurs vont scruter chaque décision avec méfiance », estime un gérant de fonds spécialisé dans les small caps.
Un secteur cloud sous pression, des concurrents en embuscade
Ce départ intervient alors qu’OVHcloud doit affronter une concurrence accrue sur le marché européen du cloud. Face à des géants comme AWS, Microsoft Azure ou Google Cloud, le groupe français mise sur son positionnement souverain et ses data centers locaux pour se différencier. Une stratégie qui nécessite des investissements lourds et une exécution sans faille – deux éléments qui pourraient être perturbés par cette instabilité managériale.
« Les clients institutionnels, notamment dans la santé ou la défense, sont très sensibles à la stabilité des fournisseurs », rappelle un consultant en transformation digitale. « Si OVHcloud donne l’impression d’une gouvernance chancelante, certains pourraient hésiter à signer des contrats longs. » Une crainte qui se reflète déjà dans la réaction des marchés : depuis l’annonce, plusieurs fonds ont revu à la baisse leurs objectifs de cours, citant un « risque de dérapage opérationnel » dans les prochains trimestres.
Prochaines étapes : un recrutement sous haute tension
OVHcloud a lancé un processus de recrutement pour remplacer Stéphanie Besnier, mais les candidats ne se bousculent pas. « Les profils capables de gérer à la fois la dimension financière et la complexité d’un groupe en pleine transformation sont rares », explique un chasseur de tête spécialisé dans les CFO. « Et dans le contexte actuel, les candidats vont exiger des garanties sur la stabilité de l’actionnariat et la clarté de la feuille de route. »
Pour rassurer, le groupe pourrait accélérer la nomination d’un numéro deux expérimenté, voire envisager une scission des rôles entre un CFO « pur » et un directeur de la stratégie. Une option déjà évoquée en interne, mais qui nécessiterait une refonte de l’organigramme. « L’urgence, c’est de montrer que le plan stratégique reste sur les rails », souligne un proche du dossier. « Sinon, les rumeurs de rachat, qui circulent depuis des mois, pourraient reprendre de plus belle. »
En attendant, les regards se tournent vers Octave Klaba. Le fondateur, revenu aux commandes en 2025 après une première tentative ratée, doit désormais prouver qu’il peut stabiliser le navire. Son défi : convaincre que cette nouvelle turbulence n’est pas le signe d’un dysfonctionnement plus profond, mais une étape vers une gouvernance plus mature. Un pari risqué, à l’heure où les investisseurs exigent des résultats concrets – et rapides.
Les résultats financiers du premier semestre 2025-2026 d’OVHcloud confirment une amélioration des marges, mais le départ de sa CFO pourrait peser sur la confiance des marchés. En parallèle, Orange affiche une croissance record, illustrant la résilience des acteurs télécoms européens face aux géants américains du cloud.
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