Présentée comme une mesure d’urgence en 2025, la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises pourrait bien s’installer dans le paysage fiscal français. Bercy étudie en effet sa reconduction pour 2027, après deux prolongations successives, alors que le dispositif devait initialement disparaître au bout d’un an. Une perspective qui crispe le Medef, tandis que l’exécutif peine à renoncer à une recette de 7,3 milliards d’euros dans un contexte de finances publiques dégradées.
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Une recette devenue indispensable
La surtaxe, qui concerne environ 300 entreprises réalisant plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires, alourdit significativement la facture fiscale des grands groupes. Pour ceux dont le chiffre d’affaires se situe entre 1,5 et 3 milliards d’euros, le taux effectif d’impôt sur les sociétés atteint désormais 30,15 %. Au-delà de 3 milliards, il culmine à 41,2 %, un niveau qui place la France parmi les pays les plus taxés d’Europe pour les grandes entreprises.
Le gouvernement justifie cette piste par la persistance des difficultés budgétaires. “Dans le contexte actuel, il est difficile de se priver d’une telle ressource”, a récemment déclaré Roland Lescure, le ministre délégué chargé de l’Industrie. Une position qui reflète la tension entre la nécessité de réduire le déficit public et les promesses initiales d’une mesure temporaire. Le projet de budget 2027, qui sera présenté fin septembre, devrait trancher définitivement la question, mais les arbitrages ne sont pas encore arrêtés, comme le confirme une source proche du dossier.
Le Medef monte au créneau
L’annonce d’une possible reconduction a provoqué une levée de boucliers du côté des entreprises. Patrick Martin, le président du Medef, dénonce une mesure qui “pénalise l’investissement et la création de richesse”, alors qu’elle devait rester exceptionnelle. Pour les grands groupes, le risque est double : une hausse durable du coût du capital et une incertitude fiscale qui complique les décisions d’investissement à long terme.
Cette opposition n’est pas nouvelle. Dès 2025, le patronat avait alerté sur les effets pervers d’une surtaxe présentée comme temporaire. “Une mesure fiscale exceptionnelle qui devient permanente, c’est un signal désastreux pour les investisseurs”, avait alors souligné un dirigeant d’un CAC 40 sous couvert d’anonymat. Deux ans plus tard, le débat reste le même, mais les enjeux budgétaires ont pris le pas sur les promesses initiales.
Le gouvernement explore parallèlement d’autres pistes pour réduire les dépenses publiques, comme la remise en question de certaines niches fiscales ou une éventuelle désindexation des pensions des retraités les plus aisés. Mais ces mesures, politiquement sensibles, peinent à convaincre, comme le montre l’analyse de BFMTV.
Un débat qui dépasse les frontières
La question de la fiscalité des grandes entreprises n’est pas propre à la France. En Europe, plusieurs pays ont récemment renforcé leur pression fiscale sur les grands groupes, dans un contexte de tensions budgétaires généralisées. L’Allemagne, par exemple, a refusé en juillet dernier une proposition de taxe européenne sur les grandes entreprises, préférant des coupes budgétaires massives. Une approche qui contraste avec celle de la France, où la surtaxe s’inscrit dans une logique de redistribution plutôt que de rigueur pure.
Pour les entreprises concernées, l’enjeu est désormais de s’adapter à une fiscalité qui semble durablement alourdie. Certaines ont déjà commencé à ajuster leur stratégie, en révisant leurs plans d’investissement ou en accélérant leur transformation numérique pour compenser l’impact de la surtaxe. “Nous ne pouvons pas ignorer cette nouvelle donne fiscale, même si elle complique nos projections”, confie un directeur financier d’un groupe du SBF 120.
Reste à savoir si cette surtaxe, initialement conçue comme une solution temporaire, deviendra un impôt de fait. Les prochaines semaines seront décisives, avec la présentation du projet de loi de finances 2027. D’ici là, le bras de fer entre Bercy et le Medef promet de s’intensifier.
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