46 heures par semaine en 2025, contre 54 il y a huit ans
Le temps médical disponible en médecine générale libérale s’érode. En 2025, les généralistes déclarent travailler en moyenne 46 heures par semaine, soit huit heures de moins qu’en 2017. La baisse est encore plus marquée chez les moins de 45 ans : 43 heures hebdomadaires, contre 48 h 30 pour leurs aînés. Un écart qui ne se résume pas à une simple question de génération, mais bien à un changement de modèle d’exercice.
Le sommaire
Sur ces 46 heures, 36 h 30 sont consacrées aux consultations, visites et téléconsultations. Le reste – 9 h 30 – est absorbé par l’administratif, la coordination et la formation. Avec une moyenne de 4 800 actes par an et des consultations au cabinet d’environ 19 minutes, le volume de soins par praticien diminue mécaniquement. La téléconsultation, en progression chez les jeunes médecins (32 % en réalisent chaque semaine), ne compense pas cette baisse. Quant aux visites à domicile, toujours réalisées par 73 % des généralistes, elles restent chronophages : 40 minutes en moyenne, déplacement compris.
Féminisation et équilibre vie pro-vie perso
L’écart de temps de travail s’explique aussi par la féminisation de la profession. Les femmes, qui représentent désormais près de la moitié des généralistes libéraux, déclarent travailler 44 heures par semaine, contre 48 h 30 pour leurs confrères masculins. Une différence qui reflète des arbitrages différents en matière d’équilibre vie professionnelle-vie personnelle, mais aussi une organisation du travail plus collective.
Les jeunes médecins sont aussi moins enclins à travailler tard : 43 % des moins de 45 ans terminent au moins une journée après 20 heures, contre 59 % chez les 45 ans et plus. Un changement de rythme qui interroge la capacité du système à absorber la demande, alors que le nombre de postes d’internes en médecine a franchi un seuil historique en 2026, avec 10 260 places ouvertes selon Les Échos.
Un défi de productivité, pas seulement de démographie
Le véritable enjeu n’est plus seulement de former ou d’installer davantage de médecins, mais de préserver le volume d’actes effectivement réalisables. Un jeune généraliste qui travaille 43 heures ne remplace pas, en capacité de soins, un médecin partant qui en travaillait 54. Cette baisse de productivité individuelle renforce la pression sur les solutions d’optimisation : secrétariats mutualisés, assistants médicaux, outils numériques et simplification administrative.
Les visites à domicile, en particulier, cristallisent les tensions. SOS Médecins alerte sur leur recul, pointant leur faible rentabilité relative et les contraintes logistiques dans une récente interview à BFMTV. Pour les acteurs de la santé – éditeurs de logiciels, plateformes de télésanté, prestataires de services aux cabinets – ce contexte confirme un marché orienté vers l’efficacité opérationnelle.
L’exercice collectif, une réponse partielle
Face à cette mutation, l’exercice collectif gagne du terrain. Maisons de santé pluridisciplinaires, cabinets partagés ou réseaux de soins : ces modèles permettent de mutualiser les tâches non cliniques et de mieux répartir la charge de travail. Ils répondent aussi aux attentes des nouvelles générations, moins attachées au modèle du médecin libéral isolé.
Reste une question centrale : comment concilier qualité de vie des praticiens et accès aux soins pour les patients ? La réponse passera moins par des incitations financières que par des gains de temps médical. Un défi qui dépasse le seul secteur de la santé pour concerner l’ensemble des acteurs économiques impliqués dans la modernisation du système de soins.
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