Fibre excellence : points clés
Le sort de Fibre Excellence a basculé en trois mois. Placée en redressement judiciaire le 27 avril 2026, l’entreprise, dernier grand producteur français de pâte à papier, a vu l’offre portée par Combat Holding — le véhicule d’investissement de Matthieu Pigasse — déclarée irrecevable par le tribunal de commerce de Toulouse le 27 juillet 2026, faute de levée de conditions suspensives et sans soutien public confirmé. Le tribunal a ensuite prononcé la liquidation judiciaire du site de Tarascon le 29 juillet 2026, décision rapportée par la presse régionale et nationale dans un compte rendu des délibérations.
Le sommaire
- Fibre excellence : points clés
- Saint‑Gaudens : un sursis tenu par une promesse anonyme et 2 M€
- Enjeux pour la filière : une capacité nationale qui s’érode
- Pourquoi l’offre Pigasse a échoué et le rôle public
- Scénarios possibles pour Saint‑Gaudens et conséquences locales
- Qui pourrait reprendre et quel financement mobiliser ?
- Calendrier et points de vigilance pour les semaines à venir
Saint‑Gaudens : un sursis tenu par une promesse anonyme et 2 M€
Contrairement à Tarascon, le tribunal a retenu pour Saint‑Gaudens une lettre d’intention émanant d’un industriel dont l’identité n’a pas été révélée. Les juges ont conditionné le maintien de l’activité à un versement d’une garantie de 2 millions d’euros sous 48 heures, puis accordé un délai jusqu’à la fin du mois d’août pour transformer cette intention en offre de reprise ferme et recevable, selon les informations communiquées par les élus régionaux et les représentants locaux dans la presse régionale. Ce calendrier contraint dessine une fenêtre très courte pour boucler un montage financier impliquant probablement acteurs privés et collectivités.
Enjeux pour la filière : une capacité nationale qui s’érode
La disparition du site de Tarascon réduit la capacité française en pâte à papier à un niveau difficilement quantifiable précisément aujourd’hui, mais suffisant pour accroître la dépendance aux importations nord‑européennes et nord‑américaines, estiment des acteurs du secteur. Les syndicats de Chapelle‑Darblay, papeterie centenaire du papier 100 % recyclé, voient dans la liquidation de Tarascon « la fin d’une filière », un constat qui fragilise les rapprochements industriels évoqués dans les précédentes offres de reprise et complique la relance d’une chaîne locale intégrée selon les représentants syndicaux. Pour les donneurs d’ordres (édition, emballage, papeteries), cela signifie un aléa supplémentaire sur le coût et la sécurité d’approvisionnement.
Pourquoi l’offre Pigasse a échoué et le rôle public
L’offre portée par Combat Holding s’est heurtée à deux obstacles : des conditions suspensives non levées et l’absence d’un engagement étatique suffisamment concret, éléments mis en avant par des conseillers du comité social et économique et relevés lors de l’audience. Les tractations ont donné lieu à un bras de fer avec l’État, qui a exprimé des doutes sur la soutenabilité industrielle du projet avant qu’une version amendée n’apparaisse début juillet. Le tribunal a jugé que la sécurité juridique et financière n’était pas assurée ; conséquence pratique, la porte s’est refermée sur une solution supposée regrouper plusieurs sites et permettre des synergies avec d’autres papeteries, mais sans garanties publiques tangibles la reprise n’a pas été considérée comme opérable.
Scénarios possibles pour Saint‑Gaudens et conséquences locales
Plusieurs issues sont envisageables pour Saint‑Gaudens. Le repreneur industriel anonyme peut suivre la filière historique — maintien de la production de pâte à papier assortie d’investissements de dépollution et de modernisation — ou bien opter pour un reprofilage vers des niches (fibres spéciales, biomatériaux) nécessitant des capitaux et une trajectoire industrielle claire vis‑à‑vis des autorités. En l’absence d’une offre ferme d’ici fin août, le tribunal pourrait prononcer une liquidation avec maintien temporaire d’activité, une formule qui offre une marge de manœuvre pour des repreneurs mais accroît l’incertitude pour les salariés : plus de 300 personnes travailleraient sur ce site et, au total, le groupe compte entre 630 et 670 emplois selon les estimations concordantes des médias.
Qui pourrait reprendre et quel financement mobiliser ?
Le ticket d’entrée fixé par le tribunal — 2 M€ de garantie consignée sous 48 heures — indique une volonté d’écarter les candidatures sans assise financière immédiate. Concrètement, assembler un plan de reprise crédible passera probablement par une combinaison de capitaux propres d’un industriel intégré, d’apports régionaux et d’un concours de Bpifrance ou d’un établissement financier, si l’État maintient sa prudence. Les régions Occitanie et PACA, parties prenantes des précédentes démarches, sont déjà mobilisées en mode facilitateur ; leur implication financière effective reste cependant une variable clé que le tribunal et les créanciers surveilleront de près.
Calendrier et points de vigilance pour les semaines à venir
La feuille de route est courte : garantie de 2 M€ sous 48 heures, puis une possible audience fin août pour valider — ou non — une offre de reprise. Pour les créanciers, l’enjeu est de limiter les pertes ; pour les salariés, c’est la pérennité des emplois et la continuité sociale. Les acteurs de la filière surveilleront également l’éventuelle recomposition industrielle régionale et la capacité d’un repreneur à financer des mises aux normes environnementales, un prérequis souvent cité par l’État dans ce dossier. À défaut d’offre solide, la liquidation de Tarascon peut se révéler le prélude à une recomposition durable du marché français du papier recyclé, au profit d’opérateurs étrangers intégrés.



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