La question de or belge monnaie d’échange nazie devient centrale pour les acteurs concernés. Voici les éléments essentiels à retenir.
En mai 1940, alors que les Panzer allemands franchissent la Meuse, la Banque nationale de Belgique organise en urgence le transfert de 309 tonnes d’or – soit les deux tiers de ses réserves. Un trésor stratégique, équivalent à plus de 600 tonnes en 1940, que le régime de Vichy va ensuite utiliser comme monnaie d’échange avec Berlin. L’opération illustre une réalité méconnue de la Seconde Guerre mondiale : l’or souverain comme instrument de financement interétatique, bien au-delà de sa fonction de valeur refuge.
À la veille du conflit, la Belgique figure parmi les trois premières détentrices d’or en Europe, aux côtés de la France et du Royaume-Uni. Ses réserves, passées de 70 à 600 tonnes entre 1920 et 1940, représentent alors un enjeu majeur pour l’Allemagne nazie, dont les stocks plafonnent à 250 tonnes en septembre 1939. “L’or était la seule monnaie acceptée par tous les belligérants pour régler les dettes de guerre ou acheter des matières premières”, rappelle l’historien économique L’Express dans une enquête sur le pillage des réserves européennes.
Le transfert partiel des lingots belges vers la France, puis leur saisie par les autorités de Vichy, s’inscrit dans une logique de captation d’actifs stratégiques. Les archives du ministère des Finances français révèlent que ces réserves ont servi de garantie pour des transactions avec l’Allemagne, notamment pour l’achat de charbon ou le règlement de frais d’occupation. “Vichy a monétisé l’or belge comme un État le ferait aujourd’hui avec ses réserves de change”, analyse un économiste spécialiste des conflits financiers, interrogé par Le Monde.
Ce précédent historique éclaire les débats actuels sur la sécurisation des réserves souveraines. En 2026, alors que les tensions géopolitiques poussent les États à rapatrier leur or – comme l’a fait la Pologne en 2023 –, l’exemple belge rappelle que la localisation physique des actifs reste un enjeu de souveraineté. “Les entreprises exposées aux risques de sanctions ou de conflits doivent intégrer cette dimension dans leur gestion de trésorerie”, souligne un rapport de Borgen sur les risques géopolitiques.
Reste une question ouverte : que sont devenus les 309 tonnes évacuées ? Une partie a été restituée à la Belgique après-guerre, mais des lingots auraient été dispersés entre les États-Unis, le Canada et même l’URSS. Une traçabilité qui, quatre-vingts ans plus tard, continue de nourrir les spéculations des marchés.
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