La question de leonardo maria del vecchio départ essilorluxottica devient centrale pour les acteurs concernés. Voici les éléments essentiels à retenir.
Le sommaire
Chez EssilorLuxottica, le départ de Leonardo Maria Del Vecchio ne ressemble pas à une rotation de dirigeants de plus. La sortie, effective au 31 août 2026, remet au premier plan une question que le marché suit de près depuis la mort du fondateur en 2022 : qui tient réellement la main sur Delfin, la holding familiale qui contrôle environ 32 % du champion mondial de l’optique.
À 31 ans, l’un des huit héritiers de Leonardo Del Vecchio quitte à la fois son poste de directeur de la stratégie globale et la présidence de Ray-Ban. Selon les éléments disponibles, la rupture procède d’un désaccord de fond avec la gouvernance actuelle, et d’abord avec Francesco Milleri, patron d’EssilorLuxottica mais aussi figure centrale de Delfin. Leonardo Maria Del Vecchio reproche à la direction d’avoir installé une organisation plus distante et plus impersonnelle, loin de la culture entrepreneuriale qui a longtemps façonné le groupe.
Leonardo Maria Del Vecchio départ EssilorLuxottica : un symptôme plus qu’un incident
Le sujet dépasse largement le départ d’un exécutif, même issu de la famille fondatrice. Il touche à l’architecture de contrôle du groupe. Delfin, véhicule patrimonial des Del Vecchio, reste le premier actionnaire d’EssilorLuxottica. Les huit héritiers — les six enfants du fondateur, sa veuve Nicoletta Zampillo et Rocco Basilico — détiennent chacun 12,5 % de cette holding. Sur le papier, l’équilibre protège tout le monde ; dans la pratique, il complique les arbitrages.
Les décisions structurantes y exigent une quasi-unanimité, un mécanisme conçu pour éviter la prise de pouvoir solitaire mais qui, dans une famille divisée, finit par produire l’effet inverse : l’immobilisme. C’est dans ce cadre que Francesco Milleri dirige à la fois EssilorLuxottica et Delfin, avec Romolo Bardin à la direction générale de la holding. Pour les investisseurs, cette superposition des centres de décision entretient une question simple : la stabilité opérationnelle d’EssilorLuxottica peut-elle rester totalement étanche au bras de fer actionnarial ?
La réponse, à ce stade, demeure nuancée. Les performances du groupe restent solides. D’après Reuters, EssilorLuxottica a publié au premier semestre 2026 un chiffre d’affaires de 14,8 Md€ en hausse de 9,7 %, avec un résultat opérationnel ajusté en progression de 15 %. Mais la robustesse des comptes ne suffit pas à effacer les interrogations de gouvernance, surtout lorsque la succession du fondateur reste ouverte quatre ans après son décès.
Une tentative à 10 Md€ qui a fini par s’enliser
Leonardo Maria Del Vecchio n’avait pas choisi la seule contestation symbolique. Il avait aussi tenté de modifier le rapport de force au capital. Son projet consistait à racheter les participations de son frère Luca et de sa sœur Paola pour environ 10 Md€. S’il avait abouti, il lui aurait permis de monter à 37,5 % de Delfin, soit une position nettement plus forte pour peser sur les orientations de la holding.
Le schéma avait, selon les informations disponibles, reçu un accord familial de principe au printemps. C’est sa mise en œuvre qui s’est grippée ensuite. Le point est important : le blocage ne traduit pas seulement une divergence personnelle entre héritiers, il montre que le dispositif de gouvernance imaginé après le décès de Leonardo Del Vecchio ne parvient pas à produire une ligne claire lorsque les intérêts patrimoniaux et les ambitions individuelles se heurtent.
Dans ce contexte, la démission prend une portée particulière. Quitter l’exécutif du groupe tout en restant actionnaire indirect via Delfin revient à déplacer le conflit du terrain managérial vers le terrain capitalistique. Autrement dit, l’influence ne disparaît pas ; elle change de canal.
Après Rocco Basilico, un deuxième départ familial en 2026
Le retrait de Leonardo Maria intervient après celui de Rocco Basilico, autre héritier, parti plus tôt dans l’année. Deux départs familiaux en quelques mois ne suffisent pas à conclure à une crise de direction, mais ils installent un signal faible devenu difficile à ignorer : la nouvelle génération n’a pas trouvé sa place dans l’équilibre bâti autour de Francesco Milleri.
Le contraste avec les résultats opérationnels est d’ailleurs frappant. EssilorLuxottica continue d’avancer sur ses métiers historiques, tout en bénéficiant de la dynamique de ses lunettes connectées. Les Échos a notamment relevé l’apport de cette activité à la croissance semestrielle. D’autres publications de marché ont également souligné l’amélioration de la rentabilité, malgré un ralentissement du rythme de progression du chiffre d’affaires et une réaction boursière plus réservée à la publication des comptes, comme l’a rapporté Investir.
Cette dissociation entre fondamentaux industriels et turbulence actionnariale est précisément ce que les marchés redoutent dans les groupes familiaux cotés de grande taille. Tant que la machine opérationnelle tourne, le sujet peut paraître secondaire. Il cesse de l’être lorsque la question du contrôle remonte dans les arbitrages stratégiques, les nominations ou les grandes opérations de capital.
Ce que le marché regarde désormais
Le premier enjeu tient à la lisibilité. Les actionnaires minoritaires savent qu’EssilorLuxottica dispose d’actifs puissants, d’un portefeuille de marques mondial et d’une capacité d’exécution rarement prise en défaut. En revanche, ils ont moins de visibilité sur la manière dont sera tranchée, à terme, la succession au sein de Delfin.
Le deuxième point concerne Francesco Milleri. Tant qu’il cumule un rôle déterminant chez EssilorLuxottica et à la tête de la holding familiale, toute contestation de la gouvernance prend mécaniquement une portée plus large qu’un simple désaccord de management. C’est la raison pour laquelle la démission de Leonardo Maria Del Vecchio est suivie comme un épisode de la bataille de contrôle de l’empire Del Vecchio, et non comme un départ isolé.
Reste enfin la dimension boursière. Le titre a traversé une période plus heurtée en 2026, avec un recul marqué depuis le début de l’année selon plusieurs articles de marché, malgré des comptes semestriels bien orientés. Ce décalage dit quelque chose de la perception actuelle du dossier : le groupe continue de produire, mais la prime de sérénité attachée aux grandes histoires familiales bien ordonnées s’est, elle, nettement érodée.
Le 31 août ne règlera donc rien à lui seul. Il actera une sortie opérationnelle ; il ne refermera ni la question de la succession, ni celle de la gouvernance de Delfin, ni celle du partage du pouvoir autour d’EssilorLuxottica. Pour un leader mondial capable d’aligner croissance, marge et innovation, le paradoxe est là : les lunettes se vendent, mais la ligne de succession reste floue.
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