Fibre Excellence Saint‑Gaudens : calendrier judiciaire et portée du sursis
Fibre Excellence Saint‑Gaudens entre dans une phase décisive. Le tribunal de commerce de Toulouse a prononcé la liquidation judiciaire du site, mais avec une poursuite d’activité qui ouvre une « fenêtre de reprise » : un candidat industriel peut déposer une offre ferme jusqu’au 24 août à midi, l’audience d’examen étant programmée le 8 septembre et le délibéré attendu au plus tard le 15 septembre. Cette décision laisse la machine tourner et les équipes mobilisées le temps de vérifier la viabilité d’une reprise, alors que l’autre site du groupe, Tarascon, est déjà orienté vers une liquidation sans poursuite d’activité.
Le sommaire
- Fibre Excellence Saint‑Gaudens : calendrier judiciaire et portée du sursis
- De Tarascon à Saint‑Gaudens : une asymétrie aux conséquences immédiates
- Qui peut reprendre et sur quelles conditions financières ?
- Impact industriel : une capacité stratégique dans la balance
- Climat social et prochaines échéances à suivre
De Tarascon à Saint‑Gaudens : une asymétrie aux conséquences immédiates
La double procédure scinde le groupe en deux trajectoires. Tarascon, dans les Bouches‑du‑Rhône, a été jugée en « situation irrémédiablement compromise » et va vers une liquidation pure et simple, ce qui soulève un risque immédiat de pertes d’emploi et de cession d’actifs hors filière. À l’inverse, la décision sur Saint‑Gaudens maintient une porte ouverte pour conserver une capacité industrielle française : l’usine produit de la pâte kraft blanchie et affiche une capacité industrielle de 280 000 tonnes par an, selon le site corporate du groupe Fibre Excellence. L’écart de traitement entre les deux sites redistribue immédiatement les enjeux pour les salariés, les créanciers et les donneurs d’ordre nationaux.
Qui peut reprendre et sur quelles conditions financières ?
Le rejet, le 27 juillet, de l’offre portée par Combat Holding, le véhicule de Matthieu Pigasse, a rouvert la compétition. Les magistrats ont considéré que le plan dépendait d’engagements publics non acquis, soulignant combien la viabilité d’un dossier papier exige des garanties d’État et des engagements en CAPEX pour la mise aux normes environnementales. Dans ce contexte, une lettre d’intention d’un industriel français, accompagnée d’un dépôt de 2 M€, est arrivée « à la dernière minute » pour Saint‑Gaudens, signalant une capacité de mise de fonds et une volonté industrielle de courtiser le site. Par ailleurs, des médias locaux évoquent Soprema comme candidat possible ; son intérêt serait synchronisé avec une stratégie d’intégration amont dans la chaîne bois‑papier selon Le Parisien. Les forces en présence devront formaliser des offres fermes, parfois tributaires d’aides publiques, et prendre en compte les investissements environnementaux que requiert l’exploitation actuelle.
Impact industriel : une capacité stratégique dans la balance
La portée sectorielle est simple : Fibre Excellence exploite les dernières capacités françaises de pâte à papier. La disparition de Tarascon et la disparition potentielle de Saint‑Gaudens réduiraient fortement la production domestique, accroissant la dépendance aux importations et tendant les coûts pour les utilisateurs industriels (emballage, papier graphique, isolants, etc.). Les repreneurs potentiels disposent donc d’un levier commercial, mais aussi d’une contrainte : la modernisation des installations pour respecter les prescriptions ICPE et les normes européennes implique des dépenses lourdes. Le tribunal et les experts ont rappelé que la soutenabilité économique du site ne se juge pas seulement sur le carnet de commandes mais aussi sur la capacité à financer ces CAPEX environnementaux et à obtenir des garanties publiques si nécessaire comme l’analysait Le Monde.
Climat social et prochaines échéances à suivre
Sur le terrain, la décision est perçue comme un sursis utile : les salariés de Saint‑Gaudens maintiennent une occupation de l’usine depuis la mi‑juillet et les représentants estiment que la poursuite d’activité protège le tissu humain le temps d’un examen d’offres. Pour les créanciers et les régions (Occitanie et Sud), l’enjeu est de traduire les intentions en engagements contractuels avant la date butoir. Les points clefs à surveiller sont le dépôt d’une offre ferme avant le 24 août, la teneur des garanties financières et environnementales présentées par le repreneur, et l’audience du 8 septembre qui dira si la fenêtre de reprise se referme ou débouche sur un plan de cession accepté. Au-delà du cas particulier, la procédure met en lumière la fragilité d’une filière intensive en capital, où la soutenabilité industrielle repose souvent sur la combinaison d’acteurs privés et d’engagements publics.
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