Le signal est suffisamment net pour inquiéter les réseaux patronaux franciliens. Entre janvier et juin 2026, 87 527 entreprises ont été radiées en Île-de-France, soit 19,1 % de plus qu’un an plus tôt, selon le baromètre du Medef régional et d’Infogreffe révélé en marge des universités d’été du mouvement patronal à Paris et relayé par Les Echos.
Le sommaire
Dans ce tableau dégradé, deux départements se détachent : la Seine-Saint-Denis, où les radiations reculent de 14,1 % sur le semestre, et le Val-de-Marne, en baisse de 6 %. À l’échelle d’une région qui concentre près de 1,7 million de sociétés, 30 % du PIB français et 40 % de la R& ; D nationale, l’écart n’a rien d’anecdotique. Il dit quelque chose de la résistance d’une partie du tissu entrepreneurial, alors que la vague de fermetures s’étend sur la quasi-totalité du territoire francilien.
Un semestre brutal pour le tissu entrepreneurial francilien
Le niveau des radiations ne se lit pas isolément. Le premier semestre combine en réalité deux mouvements contraires : les sorties augmentent fortement, mais les immatriculations restent elles aussi élevées. Le même baromètre fait état de 103 000 créations supplémentaires sur la période. Autrement dit, l’appareil productif francilien continue de se renouveler, mais dans des conditions plus heurtées.
Cette tension rejoint d’autres indicateurs de fragilité. Selon l’Observatoire GSC-Altares, cité par le Journal du Net, 33 555 chefs d’entreprise ont perdu leur emploi en France au premier semestre 2026, en hausse de 7 % sur un an. L’Île-de-France représente à elle seule 7 860 de ces pertes, soit près d’un quart du total national. Derrière l’agrégat des radiations, on retrouve donc une conséquence très concrète : la dégradation de la situation de milliers de dirigeants de TPE et de PME.
La notion de radiation recouvre des réalités diverses : cessation d’activité, dissolution anticipée, fermeture administrative ou simple sortie du registre à l’issue d’une liquidation. Elle ne se confond pas mécaniquement avec une faillite. Mais l’ampleur de la hausse sur un an signale bien une montée des fragilités, notamment dans les services aux entreprises, le commerce et une partie de la sous-traitance locale, très dépendants de la demande des grands donneurs d’ordre franciliens.
Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne limitent la casse
Sur les huit départements franciliens, seuls trois enregistrent une baisse des radiations au premier semestre. La Seine-Saint-Denis affiche la correction la plus marquée, avec un recul de 14,1 %, loin devant le Val-de-Marne, à -6 %. Le troisième département en baisse n’est pas détaillé dans les éléments rendus publics, mais la singularité des deux territoires de l’est et du sud-est parisien ressort clairement.
Reste à manier l’interprétation avec prudence. Ces chiffres décrivent une photographie semestrielle, pas encore une inversion de cycle. Ils ne suffisent pas à attribuer une cause unique à cette meilleure tenue. Le Medef avance un diagnostic général mêlant effets post-Covid, incertitudes économiques et dynamisme entrepreneurial. À ce stade, il serait excessif d’en déduire une supériorité structurelle de ces deux départements sans série plus longue ni ventilation sectorielle détaillée.
Le contraste est néanmoins intéressant pour les acteurs de terrain. La Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne hébergent un tissu dense de TPE, d’activités logistiques, de services et de commerce de proximité, mais aussi des bassins d’implantation d’entreprises plus récents, parfois portés par le Grand Paris. Une baisse des radiations dans ces territoires peut refléter un meilleur renouvellement local, une rotation différente des microentreprises ou une exposition sectorielle un peu moins défavorable que dans d’autres départements plus tertiarisés.
Le point mérite d’autant plus d’attention que la dynamique des créations d’entreprises reste, au niveau national, moins homogène qu’en sortie de crise sanitaire. L’Insee relevait encore en juillet que le reflux des créations se modérait, signe d’un entrepreneuriat qui ne décroche pas totalement malgré un environnement moins porteur dans sa dernière note de conjoncture sur les créations d’entreprises.
Un indicateur suivi de près par les banques, assureurs et réseaux d’accompagnement
Pour les financeurs comme pour les conseils, la poussée des radiations d’entreprises en Île-de-France est un indicateur avancé. Elle peut annoncer des tensions sur les encours de crédit court terme, sur les garanties personnelles des dirigeants et sur les contrats d’assurance perte d’emploi du chef d’entreprise. Elle pèse aussi sur les carnets de commandes des prestataires B2B qui vivent d’un maillage serré de petites structures : experts-comptables, cabinets RH, juristes, ESN locales ou sociétés de maintenance.
Ce n’est pas uniquement une affaire de démographie d’entreprise. Quand la première région économique du pays voit les sorties accélérer de près de 20 % en un an, tout l’écosystème le ressent : délais de paiement plus sensibles, arbitrages d’investissement reportés, recrutement gelé chez certains sous-traitants, et vigilance accrue des bailleurs comme des banques sur les dossiers les plus exposés.
La résistance relative de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne peut donc intéresser bien au-delà de leurs frontières administratives. Si cette tendance se confirmait au second semestre, elle offrirait un contrepoint utile au récit dominant d’une région uniformément fragilisée. À l’inverse, si le différentiel se refermait, le premier semestre apparaîtrait surtout comme un moment de respiration dans une dégradation plus large.
Le second semestre dira s’il s’agit d’une exception ou d’un début de décrochage territorial
La prochaine publication sera scrutée pour une raison simple : le premier semestre ne tranche pas entre accident statistique et divergence durable entre départements. Les professionnels regarderont moins le volume brut des radiations que leur composition : part des liquidations, poids des microentrepreneurs, secteurs touchés et évolution parallèle des créations. C’est là que se jouera l’analyse économique fine.
Une certitude, en revanche : le sujet dépasse le commentaire conjoncturel. En Île-de-France, où se concentrent sièges sociaux, services à forte valeur ajoutée et une grande partie des flux d’investissement, la hausse des radiations agit comme un révélateur. Elle montre un tissu entrepreneurial encore mobile, mais plus vulnérable. Et elle rappelle qu’au sein même de la région capitale, les trajectoires territoriales peuvent diverger franchement.
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