Dassault prévoit 28 Rafale en 2026 et CA attendu à 8,5 Md€
Le sommaire
- Dassault aviation : points clés
- Carnet historique : visibilité élevée, concentration militaire accrue
- Profitabilité et distribution : progression opérationnelle, marge nette sous pression fiscale
- Risques industriels et géopolitiques derrière la façade du carnet
- Ce que les professionnels doivent surveiller en 2026
Dassault aviation : points clés
7,4 milliards d’euros : c’est le chiffre d’affaires ajusté que Dassault Aviation publie pour 2025, en hausse de 19 % par rapport à 2024. Cette progression est portée simultanément par les livraisons de Rafale — 26 appareils en 2025, légèrement au‑dessus de l’objectif initial — et par une reprise de la gamme Falcon avec 37 livraisons. Le management confirme pour 2026 un « plan de vol » qui table sur environ 8,5 Md€ de revenus et la livraison de 28 Rafale et 40 Falcon, ce qui implique une nouvelle montée en cadence industrielle et logistique.
La dynamique récente n’est pas seulement comptable : elle traduit la mise en œuvre opérationnelle de chaînes d’assemblage et d’approvisionnement sollicitées à un rythme soutenu. Respecter l’agenda des contrats export exige de sécuriser fournisseurs et sous‑traitants, un point de fragilité pour la capacité à convertir carnet en flux de trésorerie quand la cadence augmente.
Carnet historique : visibilité élevée, concentration militaire accrue
Le carnet de commandes atteint 46,6 Md€ au 31 décembre 2025, un niveau record. Il comprend environ 220 Rafale et 73 Falcon, et les programmes militaires représentent 82 % de ce portefeuille. Pour les investisseurs, ce stock d’engagements offre une visibilité significative sur plusieurs années de chiffre d’affaires ; pour l’industriel, il impose une dépendance accrue aux décisions budgétaires et politiques des États clients.
La valeur des prises de commandes en 2025 (10,9 Md€) reste stable par rapport à 2024, mais la direction signale qu’elle ne s’attend pas à retrouver en 2026 un pic comparable à celui provoqué par l’enregistrement des Rafale indiens. Cette distinction est importante : le carnet reflète l’accumulation d’opérations, dont certaines — comme le contrat indien — ont un caractère exceptionnel et pèsent fortement sur la lecture annuelle des commandes nouvelles.
Profitabilité et distribution : progression opérationnelle, marge nette sous pression fiscale
Sur la marge opérationnelle ajustée, Dassault affiche une amélioration : le résultat opérationnel ajusté passe à 635 M€ (+22 %), soit une marge opérationnelle de 8,6 % contre 8,3 % en 2024. Le résultat net ajusté atteint 1,061 Md€, proche du niveau de 2024, la marge nette ajustée reculant toutefois à 14,3 % (17,0 % en 2024). Ce repli s’explique en partie par une surtaxe d’impôt sur les sociétés en France qui pèse pour 96 M€ ; hors surtaxe, le résultat net ajusté aurait été proche de 1,16 Md€.
Côté distribution, le conseil propose un dividende de 4,78 € par action (payout d’environ 35 %), en légère progression par rapport à 2024. La société a également versé 245 M€ au titre de participation et intéressement — largement supérieur à la formule légale — ce qui illustre une politique de partage de la valeur avec les salariés français et contribue à la stabilité sociale alors que l’effort industriel s’intensifie.
Risques industriels et géopolitiques derrière la façade du carnet
Un carnet de 46,6 Md€ masque autant qu’il rassure. Il sécurise des revenus futurs, mais concentre le groupe sur des programmes militaires dépendants des choix politiques et des calendriers d’État. Cette concentration expose Dassault aux aléas d’arbitrages budgétaires, aux délais de paiement publics et aux risques de renégociation ou de rééchelonnement de contrats. Par ailleurs, la montée en cadence requiert une coordination fine avec un écosystème de sous‑traitants, dont la capacité de montée en volume n’est pas homogène sur tout le territoire.
Sur le plan concurrentiel, le Rafale conserve des atouts sur certains marchés export mais se confronte à des rivaux aux architectures industrielles et aux offres de maintenance différentes. Enfin, les grands programmes européens de moyen terme, notamment autour du SCAF, ajoutent une incertitude : les coopérations multiplient les interfaces industrielles et politiques, avec le risque de retards et de surcoûts qui affecteraient l’ensemble des acteurs impliqués.
Ce que les professionnels doivent surveiller en 2026
Plusieurs jalons détermineront la translation du carnet en valeur actionnariale et en performance industrielle au cours de l’année à venir. D’abord, la capacité à livrer 28 Rafale et 40 Falcon en 2026 sans dégrader la qualité ou la marge : suivre les indicateurs de cadence fournisseurs, les besoins en fonds de roulement liés aux avances clients et l’évolution des coûts matières est essentiel. Ensuite, la trajectoire des prises de commandes : une année 2026 moins riche en contrats « exceptionnels » pourrait normaliser la dynamique commerciale et affecter la perception boursière.
Fiscalité et distribution méritent une attention rapprochée. La surtaxe enregistrée en 2025 montre que l’environnement fiscal peut peser sur la marge nette ; des modifications législatives ou des décisions fiscales ponctuelles sur des exercices futurs auraient un effet direct sur le cash disponible pour l’investissement et les dividendes. Enfin, pour les acteurs de la chaîne (sous‑traitants, banquiers, collectivités), la question clé sera la gestion des capacités industrielles : où sont les goulots d’étranglement et quelles mesures contractuelles ou d’investissement seront déployées pour les lever ?
Sur le plan financier, le marché a déjà réévalué le titre (hausse de l’ordre de 22 % en 2026 selon certains commentaires) et des maisons comme Oddo BHF ont révisé leur objectif de cours. Pour des investisseurs et analystes, l’objectif de cours ne se justifie pleinement que si la conversion du carnet en trésorerie se confirme sans tension excessive sur les marges opérationnelles et si les prises de commandes retrouvent un rythme soutenu après l’année exceptionnelle 2025.
En clair, Dassault entre dans une phase où la visibilité offerte par un carnet record doit cohabiter avec la nécessité de maîtriser la montée en cadence, le profil fiscal et la diversification commerciale pour réduire la cyclicité. Les prochains trimestres fourniront des éléments tangibles : rythme des livraisons, niveau des prises de commandes, évolution des marges et situation des fournisseurs — autant de signaux que scruteront dirigeants, investisseurs et partenaires industriels.



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