Un milliard d’euros pour un parc Dragon Ball à 30 km de Paris
L’annonce a surpris le secteur des loisirs français. Lors de la visite à Paris du prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, Emmanuel Macron a officialisé, lundi 24 août, un projet de complexe de trois parcs à thème à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise), porté par Qiddiya Investment Company (QIC). Le montant de l’investissement, évoqué par BFMTV et Challenges, dépasserait le milliard d’euros. Le site retenu, l’ancien domaine de Mirapolis à Courdimanche, s’étend sur 55 hectares – une emprise comparable à celle de Disneyland Paris.
Le sommaire
QIC n’est pas un acteur comme les autres. Filiale du fonds souverain saoudien Public Investment Fund (PIF), la société incarne la stratégie de diversification économique du royaume, qui cherche à réduire sa dépendance au pétrole en misant sur les loisirs et le tourisme. Son projet phare, Qiddiya City, une ville nouvelle dédiée au divertissement à 40 km de Riyad, concentre déjà un circuit de Formule 1, un stade de 40 000 places et des parcs à thème conçus pour rivaliser avec les géants américains. Le parc Dragon Ball en Île-de-France marque une première incursion hors d’Arabie saoudite, avec une licence japonaise – un choix qui interroge sur la capacité du groupe à adapter son modèle à un marché européen déjà saturé.
Un accord signé en marge de l’Esports World Cup
L’accord entre l’État français et QIC a été paraphé en marge de l’Esports World Cup (EWC), compétition de jeu vidéo organisée à Paris. Un détail qui n’a rien d’anodin : le gaming est l’un des piliers de la stratégie de diversification saoudienne, avec des investissements massifs dans les clubs, les infrastructures et les événements. Pour QIC, ce projet francilien s’inscrit dans une logique d’internationalisation, mais aussi de synergie avec les autres actifs du PIF, comme la Saudi Esports Federation ou le groupe de médias MBC.
Les négociations, accélérées depuis avril, ont impliqué l’Élysée, la région Île-de-France et les communes concernées. Si le calendrier reste flou – aucun permis de construire n’a encore été déposé –, l’annonce a déjà provoqué des remous chez les concurrents. Le Puy du Fou, qui mise sur une identité historique et locale, a dénoncé une “dilution de l’offre française”. Disneyland Paris, déjà fragilisé par la concurrence des parcs espagnols et turcs, pourrait voir son attractivité menacée par un acteur public disposant de moyens quasi illimités.
Un modèle économique encore à prouver hors d’Arabie saoudite
QIC bénéficie d’un avantage clé : son actionnaire, le PIF, qui gère plus de 700 milliards de dollars d’actifs. Contrairement à ses concurrents européens, le groupe n’a pas à composer avec des actionnaires exigeants en matière de rentabilité à court terme. Son projet à Cergy-Pontoise s’inscrit dans une logique de long terme, avec des retombées attendues sur l’emploi, l’hôtellerie et les transports en Île-de-France.
Pourtant, les défis sont nombreux. Le marché français des parcs à thème est déjà dominé par des acteurs établis, avec des taux de fréquentation stables mais des marges sous pression. Le choix de la licence Dragon Ball, populaire mais niche, interroge sur la capacité du parc à attirer un public large. Surtout, QIC devra composer avec les spécificités du marché européen : réglementations environnementales strictes, coûts de construction élevés et attentes des collectivités locales en matière de retombées économiques.
Une stratégie d’influence saoudienne en Europe
Au-delà des enjeux économiques, ce projet illustre la volonté de l’Arabie saoudite de projeter son influence en Europe via les loisirs et le sport. Le PIF multiplie les investissements dans des secteurs stratégiques : football (Newcastle, acquisition de clubs en Espagne), golf (LIV Golf) ou médias (rachat de parts dans des groupes européens). Avec Qiddiya, le royaume mise sur un modèle hybride, mêlant divertissement de masse et soft power.
Pour la France, l’arrivée de QIC représente une opportunité – des milliers d’emplois et un coup de projecteur sur le Val-d’Oise –, mais aussi un risque. En cas d’échec, le parc pourrait devenir un symbole des limites de la stratégie saoudienne hors de ses frontières. À l’inverse, s’il rencontre son public, il pourrait accélérer l’arrivée d’autres investisseurs du Golfe dans les grands projets français, comme le suggèrent les rumeurs autour d’un possible rachat de parts dans le Stade de France.
Une chose est sûre : avec ce projet, l’Île-de-France entre dans une nouvelle ère de la concurrence des loisirs, où les fonds souverains jouent désormais dans la même cour que les géants historiques du secteur.
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