Eramet : points clés
ERAMET confirme le lancement au quatrième trimestre 2026 d’une augmentation de capital avec maintien du droit préférentiel de souscription (DPS) d’un montant annoncé de 500 M€, opération présentée comme nécessaire pour restaurer la situation financière du groupe, assurer le respect de ses covenants bancaires et poursuivre sa stratégie. Le communiqué officiel précise que l’opération s’inscrit dans un plan de financement en trois volets : l’augmentation de capital, l’amélioration de la performance opérationnelle (notamment via le programme ReSolution) et la monétisation d’actifs. Voir le communiqué officiel déposé.
Le sommaire
Modalités et engagement des actionnaires de référence
Le Conseil d’administration a validé le schéma de souscription négocié entre les deux actionnaires de référence, l’État (agissant par l’Agence des Participations de l’État — APE — via FSI‑Equation) et Sorame‑CEIR. Dans ce cadre, l’APE souscrira à titre irréductible à sa quote‑part correspondant à 27,1 % du capital et achètera, selon le cours de référence de l’opération, tout ou partie des DPS détenus par Sorame‑CEIR afin de garantir que ses droits de vote effectifs n’excèdent pas 49 % en assemblée générale.
Si l’APE n’acquiert pas la totalité des DPS de Sorame‑CEIR, Sorame‑CEIR s’engage à réinvestir pour exercer au maximum ses DPS restants ; des options d’achat (call) et de vente (put) seraient ensuite conclues entre l’APE et Sorame‑CEIR portant sur les actions nouvelles souscrites par Sorame‑CEIR, de sorte que l’État ne franchisse pas le seuil de 50 % du capital. Ces options seraient établies à un prix d’exercice par action proche du TERP (Theoretical Ex‑Rights Price) diminué de la décote prévue (5 % sur le mécanisme décrit).
À l’issue de l’opération, l’APE deviendrait le premier actionnaire et Sorame‑CEIR le second ; Sorame‑CEIR s’est par ailleurs engagé à ne pas détenir plus de 30 % des droits de vote effectifs à compter de l’obtention des autorisations réglementaires ou de l’exercice des options. Un nouveau pacte d’actionnaires entre l’État et Sorame‑CEIR est prévu.
Contexte financier et contraintes opérationnelles
Le groupe rappelle que 2025 a été marquée par des pertes significatives, une dégradation de la dette nette et un levier ajusté élevé (5,5x), ainsi qu’un gearing de 125 %, situations contraires aux obligations bancaires. Malgré une amélioration opérationnelle au premier semestre 2026, la direction juge indispensable l’augmentation de capital pour éviter un risque de non‑respect des covenants à mi‑2027 et pour permettre le refinancement des dettes à court terme.
Dans le cadre de l’opération, Eramet s’engage à ne reprendre une distribution de dividendes que lorsque le levier ajusté repassera en dessous de 1x. Le Conseil souligne que l’augmentation de capital vise à consolider le bilan et à permettre la mise en œuvre des autres volets du plan financier pour renouer avec une trajectoire de croissance à moyen terme.
Prospects réglementaires et calendrier
La réalisation de l’opération demeure soumise à plusieurs conditions : l’obtention d’une dérogation de l’Autorité des marchés financiers (AMF) relative aux offres publiques obligatoires liées aux franchissements de seuils individuels induits par la participation de l’État, cette dérogation devant être purgée de tout recours étant une condition suspensive aux engagements de souscription ; et l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires pour l’exercice des options entre l’APE et Sorame‑CEIR. Le Conseil précise que la signature des options interviendra après avis des instances représentatives du personnel.
Eramet lancera sous peu les travaux préparatoires avec son syndicat bancaire pour rédiger la documentation et assurer la bonne exécution de l’opération. L’exécution est prévue après la publication du chiffre d’affaires du troisième trimestre (programmée au 29 octobre 2026) et avant la fin de l’année, sous réserve des conditions de marché et de la délivrance de la dérogation AMF. Une conférence téléphonique pour analystes et investisseurs s’est tenue le 12 octobre 2026 ; le webcast a été annoncé comme accessible depuis la page investisseurs du groupe.
La société indique qu’elle préparera un prospectus volontaire conforme au Règlement Prospectus (UE) qui sera soumis à l’approbation de l’AMF pour l’offre au public en France et l’admission des actions nouvelles sur Euronext Paris. Le communiqué rappelle enfin les restrictions de diffusion et d’offre dans certains territoires (notamment États‑Unis, Canada, Australie, Japon, Afrique du Sud) et précise que la vente des titres dans d’autres États membres EEE suit les modalités prévues par le règlement applicable.
Pour comparaison d’opérations et de pratiques de marché relatives aux levées de fonds ou opérations sur capital, voir des cas récents publiés sur LeRepèredesentreprises, comme l’augmentation de capital de BIOPHYTIS et les opérations de redistribution du capital chez des groupes cotés tels que SAFRAN ou les communications financières de ASSYSTEM. Des opérations de rachat d’actions comparables figurent également dans nos archives, par exemple Nexans.
Pour consulter la source : communiqué officiel OAM.
Mise en perspective
Cette confirmation d’augmentation de capital replace l’État au cœur du dispositif de soutien financier du secteur des métaux stratégiques en France : en acceptant de devenir actionnaire majoritaire effectif (jusqu’à 49 % de droits de vote effectifs immédiatement, avec la possibilité de devenir premier actionnaire à l’issue de l’opération), l’APE transforme une opération financière jugée nécessaire en un instrument de politique industrielle. Pour les investisseurs, l’opération réduit le risque de défaut lié aux covenants à court terme mais dilue le flottant et modifie durablement la structure de gouvernance — la perspective d’un nouveau pacte d’actionnaires et des clauses d’options call/put entre l’État et Sorame‑CEIR introduit des mécanismes de stabilisation de l’actionnariat tout en maintenant des garde‑fous réglementaires (dérogation AMF). Pour les concurrents et fournisseurs, la consolidation patrimoniale d’Eramet, soutenue par l’État, signale une volonté de sécuriser les capacités industrielles et les approvisionnements en métaux critiques au niveau national et européen, renforçant potentiellement la position d’Eramet dans les chaînes d’approvisionnement stratégiques. Enfin, la clause de non‑distribution de dividendes jusqu’à un levier <1x et les conditions suspensives liées aux autorisations réglementaires fixent un horizon de désendettement clair qui conditionnera la valeur actionnariale et l’attractivité du titre pour de nouveaux investisseurs.


