Opération et calendrier
2CRSi (SIREN 483784344) publie, via un communiqué déposé sur l’OAM, sa participation au projet ÆTHER, centré sur la transformation du site industriel Dumarey Powerglide au Port du Rhin à Strasbourg en un pôle européen dédié aux infrastructures d’intelligence artificielle. Selon le texte officiel, Aether Infrastructures a signé une promesse de vente pour le site dit FR‑SXB2 le 9 octobre 2026 ; un bail corrélatif permet l’occupation des zones disponibles dès le 15 octobre pour lancer les premières phases de préparation. Le dépôt original est consultable ici : communiqué OAM (PDF).
Le sommaire
La réalisation définitive de la vente reste soumise aux conditions usuelles, dont l’agrément du Port Autonome de Strasbourg. Le communiqué précise que des retards dans l’obtention des permis ou dans la disponibilité des composants pourraient reporter des livraisons au-delà de la clôture de l’exercice fiscal de 2CRSi, fixée au 30 juin 2027.
Aménagements, périmètre industriel et capacités
Le projet porte sur un foncier d’environ 90 hectares et quelque 110 000 m² de bâtiments. ÆTHER ambitionne de convertir l’ensemble en un pôle intégré combinant fabrication d’infrastructures de calcul, exploitation de datacenters, production d’énergie et activités de recherche. Le projet est structuré en trois pôles : Aether Utilities (production et distribution d’énergie), Aether Facilities (campus et bâtiments), et Aether Compute (exploitation d’une « AI Factory » fournissant capacités d’entraînement et services de calcul).
La logique industrielle annoncée inclut la conception, l’assemblage, l’intégration, les tests et la qualification de serveurs haute performance et de modules pré-intégrés destinés à l’implantation sur site ou à la livraison à des tiers. Les ateliers sont présentés comme reconfigurables et pensés selon des principes d’industrie 5.0, combinant automatisation, robots collaboratifs et savoir‑faire humain pour accélérer le passage des prototypes à la production en série.
Profil énergétique et objectif carbone
Aether Utilities prévoit d’associer l’alimentation fournie par Strasbourg Électricité Réseaux (25 MW annoncés) à des solutions supplémentaires en étude : sécurisation électrique et capacités de stockage avec SOCOMEC, et une unité de production électrique par cogénération/four de thermolyse de biomasse en partenariat avec Haffner Energy. Le communiqué mentionne que, selon la configuration retenue, la production de biochar issue de la thermolyse pourrait conduire à un bilan carbone net négatif.
Le plan énergétique comprend aussi la création d’un réseau de chaleur pour valoriser la chaleur dégagée par les serveurs. Le projet indique un objectif de développement à long terme d’une filière agricole dédiée pour fournir la biomasse sans concurrence d’usage, en mobilisant des terres agricoles « aujourd’hui délaissées » et des résidus forestiers et agricoles ; le document cite une estimation de 2,5 millions d’hectares de terres disponibles en France à titre indicatif.
Rôle de 2CRSi et perspectives commerciales
2CRSi est présenté comme membre du consortium ÆTHER et comme fournisseur pressenti des serveurs du site. Le groupe estime que le déploiement des premières capacités de calcul de l’AI Factory sur l’exercice 2026‑2027 représente pour lui un potentiel de chiffre d’affaires supérieur à un milliard d’euros. Cette estimation est assortie de réserves formelles liées aux autorisations administratives et à la disponibilité des composants.
Par ailleurs, 2CRSi prévoit de relocaliser sur FR‑SXB2 une partie de la valeur ajoutée de sa gamme GODì. La relocalisation se déroulerait en deux phases : d’abord l’intégration des composants principaux (processeurs, DRAM, SSD), puis la production des cartes mères. L’objectif affiché est de constituer une chaîne logistique européenne pour les composants électroniques nécessaires aux serveurs d’IA et de renforcer la production locale des éléments critiques.
Le communiqué précise également la présence, au sein du site, d’un centre de prototypage et d’unités de production mécanique et électronique pour accélérer la montée en série des produits.
Partenaires et gouvernance du consortium
Le dossier ÆTHER rassemble un consortium large : Nhood (maîtrise d’ouvrage déléguée et transformation de sites), Projex Ingénierie (infrastructures de calcul), ÉS (Électricité de Strasbourg) et Valeo pour l’énergie et le refroidissement, Demathieu Bard et Equans pour la construction et l’équipement électrique. Le communiqué mentionne aussi des acteurs technologiques et d’accélération : Axelera AI, VSORA, SiPearl, Nvidia, AMD ; et des fournisseurs de services cloud et logiciels : Viridien, Dassault Systèmes, Outscale, Superphenix, Clever Cloud. ÆTHER indique qu’il communiquera au fur et à mesure sur l’arrivée d’autres partenaires.
Sur le plan juridique et fiscal, Aether Infrastructures est conseillée par De Gaulle Fleurance (audit juridique et notarial) et Wema Legal (fiscalité, droit des sociétés, patrimonial). Le communiqué précise que le consortium privilégiera des architectures ouvertes (Open Source et Open Compute) pour éviter la dépendance à un fournisseur unique.
Pour situer cette opération dans un contexte industriel et financier plus large, la transformation d’un grand site industriel et la mise en service d’une AI Factory mobilisent des compétences qui croisent énergie, construction et cloud. Des exemples récents d’opérations industrielles et de contrats lourds dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie sont consultables en parallèle, notamment les dossiers de Technip Energies, de Vallourec et la clôture de discussions industrielles comme celle de Forsee Power. Du côté du financement, des opérations structurantes similaires sont illustrées par la titrisation réalisée par RCI BANQUE.
Le communiqué de 2CRSi rappelle enfin le positionnement de l’entreprise : concepteur et fabricant de serveurs haute performance et éco‑énergétiques, actif depuis 2005 et coté (ISIN FR0013341781). Le document complet est disponible sur le dépôt officiel : FCEQS008809_20261012.pdf.
Mise en perspective
Cette annonce ancre 2CRSi au cœur d’un projet industriel d’envergure qui combine capacités de calcul, production d’énergie et relocalisation de chaînes de valeur. Pour les investisseurs, l’estimation d’un potentiel supérieur à 1 milliard d’euros sur l’exercice 2026‑2027 donne une visibilité commerciale significative, mais elle dépend directement de permis administratifs et de la disponibilité des composants ; ces deux facteurs constituent les principaux risques de calendrier et de réalisation. Pour le secteur, la constitution d’un pôle intégrant production matérielle, pilotage énergétique et services cloud illustre une évolution vers des infrastructures d’IA souveraines en Europe, capable de réduire la dépendance aux importations et d’attirer des activités en amont (fabrication de cartes mères, intégration). Pour les concurrents et fournisseurs, le choix d’architectures ouvertes et la volonté de diversifier les technologies imposent d’anticiper des appels d’offre techniques et industriels plus larges, tandis que l’intégration d’une filière biomasse et la recherche d’un bilan carbone négatif introduisent des critères environnementaux supplémentaires dans les arbitrages industriels.


