Opération : nature, parties et conditions
EURAZEO a conclu un accord en vue d’acquérir une participation majoritaire dans MIYA Water via son fonds Eurazeo Planetary Boundaries Fund (EPBF), selon le communiqué officiel déposé sur l’OAM (communiqué PDF). Les fondateurs de Miya et l’équipe de direction resteront aux commandes opérationnelles et conserveront une position de co-investisseurs significatifs aux côtés d’EPBF. La transaction constitue le quatrième investissement réalisé par EPBF et reste soumise aux conditions usuelles de réalisation.
Le sommaire
Le communiqué précise que la prise de participation vise un renforcement du capital tout en laissant une marge d’autonomie opérationnelle à l’équipe historique. Le schéma retenu, combinant participation majoritaire et maintien des dirigeants comme co‑investisseurs, est courant dans les opérations de croissance visant à aligner incitations financières et continuité managériale. Aucune valorisation n’a été communiquée dans le document de dépôt, ce qui laisse ouverte la possibilité d’annonces complémentaires lors de la finalisation de l’opération et des autorisations réglementaires éventuelles.
Activité et chiffres-clés de Miya
Miya est décrite comme un leader mondial des solutions visant à réduire les eaux non facturées (Non‑Revenue Water, NRW). L’entreprise, créée en 2007, revendique la conduite de plus de 200 projets répartis sur cinq continents, couvrant des zones aussi variées que l’Europe, le Moyen‑Orient, les Amériques, les Caraïbes, l’Afrique, l’Asie du Sud‑Est et le Pacifique Sud. Le communiqué rappelle que les NRW représentent environ 126 milliards de m³ par an à l’échelle mondiale, et que le marché des solutions pour réduire ces pertes est estimé à près de 50 milliards d’euros par an.
Les services proposés par Miya, tels que décrits dans le communiqué, s’articulent généralement autour d’audits de réseau, de conception et d’optimisation opérationnelle, d’implémentation de solutions technologiques (télémesure, détection de fuites, gestion de la pression) et de contrats fondés sur la performance. Ces approches visent à convertir des pertes non facturées en revenus mesurables pour les opérateurs, tout en améliorant la durabilité des ressources hydriques. Le large périmètre géographique des projets revendiqués par Miya illustre la transférabilité de ces solutions à des contextes réglementaires et financiers variés.
Intentions stratégiques d’Eurazeo et modalités d’accompagnement
Eurazeo indique qu’il soutiendra Miya par une stratégie active de création de valeur visant à renforcer l’organisation, améliorer la performance opérationnelle et conduire des acquisitions ciblées sur un marché jugé encore fragmenté. L’équipe EPBF prévoit également d’accompagner l’expansion internationale de Miya sur de nouveaux marchés.
Concrètement, le soutien d’Eurazeo devrait se traduire par des moyens pour accélérer les investissements commerciaux, renforcer les équipes techniques et projets, et structurer des axes de croissance externe permettant de consolider des compétences complémentaires (par exemple en instrumentation, logiciels de gestion ou réhabilitation d’infrastructures). L’appui financier d’un fonds de private equity peut aussi faciliter l’accès à des contrats à long terme ou à des partenariats public‑privé, en apportant des garanties de capacité d’investissement et d’exécution.
Le groupe présente cet investissement comme conforme à sa stratégie de « buyout à impact », ciblant des leaders européens de solutions environnementales pour accélérer leur développement international. Le communiqué rappelle par ailleurs les actifs sous gestion d’Eurazeo (40 milliards d’euros) et le positionnement du groupe sur des stratégies de private equity, dette privée, immobilier et infrastructures.
Réactions et déclarations des dirigeants
Erwann Le Ligné et Wilfried Piskula, co‑responsables d’EPBF, soulignent dans le communiqué avoir identifié Miya dès le lancement du fonds et valorisent son « excellence technologique » et son modèle économique basé sur la performance. Noam Komy, Executive Chairman de Miya, indique que l’objectif est de construire « une plateforme internationale de services liés à l’eau » via croissance organique et acquisitions ciblées.
Les déclarations mettent l’accent sur la complémentarité entre une expertise technique éprouvée et une capacité d’investissement accrue offerte par EPBF. Dans ce type d’opération, les équipes dirigeantes cherchent généralement à capitaliser sur la réputation commerciale et la base de clients existante pour déployer à plus grande échelle des offres standardisées et modulaires, combinant prestations opérationnelles et solutions technologiques. Le positionnement revendiqué de Miya sur des contrats basés sur la performance devrait attirer des clients cherchant à aligner paiements et résultats tangibles en termes d’économies d’eau.
Le communiqué officiel, incluant l’ensemble des éléments cités ci‑dessus, est disponible sur le dépôt OAM (fiche OAM).
Pour situer l’opération dans un contexte d’investissements privés et d’opérations de croissance externe en France et en Europe, voir également des opérations récentes publiées sur LeRepèredesentreprises : FORVIA conclut une coentreprise en Inde avec ANAND, La Française de l’Énergie renforce sa gouvernance et L’air liquide societe : Air Liquide réalise une émission.
Mise en perspective
Cette opération illustre la mobilisation croissante du capital‑investissement vers des solutions d’infrastructures environnementales : elle combine un effet levier financier pour accélérer la consolidation d’un marché fragmenté et une logique d’impact centrée sur la réduction des pertes d’eau. Pour les opérateurs de réseaux, l’entrée d’un acteur de private equity européen majeur signifie un potentiel d’accélération des déploiements technologiques et des opérations de M&A, mais aussi une pression accrue pour standardiser les modèles contractuels fondés sur la performance.
Sur le plan opérationnel, la montée en échelle des offres pose des questions pratiques : nécessaire homogénéisation des méthodes de mesure des économies d’eau, gestion des interfaces entre nouvelles technologies et actifs existants, capacité à recruter et former des équipes locales, et maîtrise des risques liés à des contextes réglementaires hétérogènes. Les investisseurs devront suivre de près les indicateurs de performance (taux de réduction de NRW, temps de retour sur investissement des projets, récurrence des revenus de services) pour évaluer la réalisation des objectifs d’impact et de rendement.
Au niveau financier, l’opération illustre la recherche d’opportunités offrant des revenus récurrents et indexés sur la performance, susceptibles de diversifier les portefeuilles d’actifs d’infrastructures. Elle rappelle aussi les tensions possibles entre objectifs d’optimisation financière à court terme et nécessité d’investissements lourds en matériel et maintenance pour garantir des résultats durables. L’expérience d’Eurazeo sur des opérations de « buyout à impact » peut toutefois apporter des méthodologies de reporting ESG et des leviers de gouvernance pour accompagner Miya dans cette phase de croissance.
Enfin, sur le plan sociétal et environnemental, renforcer des acteurs spécialisés dans la réduction des pertes d’eau peut contribuer à une meilleure résilience des systèmes d’approvisionnement face aux aléas climatiques et à la pression sur les ressources. La réussite de cette stratégie dépendra néanmoins de l’aptitude à déployer des solutions techniquement robustes, économiquement attractives pour les clients et acceptées par les parties prenantes locales.


