EDF a installé, mardi 1er septembre, une nouvelle directrice à la tête de la centrale nucléaire de Golfech, en Tarn-et-Garonne. Muriel Dachicourt succède à Cyril Hisbacq, qui pilotait le site depuis 2020 et rejoint désormais Paris sur des fonctions liées au combustible nucléaire, à un moment où la disponibilité des réacteurs est redevenue un sujet très concret pour l’électricien public.
Le sommaire
La nomination de Muriel Dachicourt Golfech ressemble d’abord à un choix de continuité opérationnelle. Âgée de 50 ans, diplômée de Polytech Nantes et entrée chez EDF en 1999, la nouvelle directrice a construit toute sa carrière dans le groupe. Son parcours l’a conduite de Gravelines à Chinon, puis à Saint-Laurent-des-Eaux et Belleville-sur-Loire, avec un fil rouge clair : l’exploitation des centrales et le pilotage d’équipes en première ligne sur la conduite des installations.
Une dirigeante issue du cœur de l’exploitation
Le profil retenu par EDF n’a rien d’anodin. À Gravelines, plus grande centrale nucléaire d’Europe, Muriel Dachicourt a notamment exercé comme cheffe d’exploitation en charge des équipes de conduite des réacteurs, devenant la première femme à occuper cette fonction sur le site. Elle prend ensuite la responsabilité du service conduite à Chinon, avant de rejoindre Saint-Laurent-des-Eaux pour coordonner les activités de production des deux unités. Depuis 2020, elle était directrice déléguée de Belleville-sur-Loire.
Autrement dit, EDF confie Golfech à une cadre maison dont la légitimité repose moins sur l’affichage que sur l’expérience terrain. Ce choix est cohérent avec la nature du site : deux réacteurs, une forte exposition aux contraintes d’exploitation et un environnement réglementaire où la sûreté, la maintenance et la gestion des arrêts ne laissent guère de place à l’improvisation.
Dans les éléments diffusés à l’occasion de sa prise de fonction, la dirigeante présente cette nomination comme à la fois un honneur, une responsabilité et un engagement. Elle insiste sur trois dimensions : la contribution du site à une électricité bas carbone et pilotable, l’exigence quotidienne liée à l’exploitation nucléaire, et l’ancrage territorial de la centrale. La formule est attendue ; le fond, lui, renvoie à un enjeu très concret de gouvernance industrielle.
Golfech arrive au cœur d’un été difficile pour le parc nucléaire
Cette arrivée intervient en effet après un été tendu pour Golfech. Le site a subi plusieurs interruptions ou suspensions d’activité liées à la canicule et aux contraintes environnementales sur la Garonne. Début août, BFM Business rapportait que l’activité de la centrale avait été suspendue pour la quatrième fois de l’été. Le réacteur n°1 était alors à l’arrêt pour maintenance et rechargement en combustible, tandis que le réacteur n°2 avait déjà connu plusieurs interruptions.
Quelques jours plus tôt, Le Monde relevait que le réacteur 2 de Golfech était resté à l’arrêt 17 jours en juillet en raison du franchissement d’un seuil de température de la Garonne fixé à 28 °C. La séquence n’est pas anecdotique : elle illustre la vulnérabilité croissante d’une partie du parc nucléaire aux épisodes climatiques extrêmes, bien au-delà du seul cas de ce site du Sud-Ouest.
Le constat vaut pour l’ensemble d’EDF. La disponibilité du parc a aussi été affectée ailleurs par des contraintes environnementales, qu’il s’agisse de la température des cours d’eau ou, à Gravelines, d’un épisode inhabituel lié à des méduses. Le Monde soulignait mi-août la pression persistante des fortes chaleurs sur les centrales françaises. Dans une autre lecture, plus visuelle mais utile pour mesurer l’ampleur du phénomène, le quotidien a également documenté l’effet des canicules sur la production nucléaire.
Une nomination qui dépasse la seule dimension RH
Vu de l’extérieur, il pourrait s’agir d’un simple mouvement de management parmi d’autres dans un grand groupe intégré. Ce serait réducteur. À Golfech, le changement de direction intervient sur un actif stratégique pour l’équilibre du réseau et pour les clients industriels les plus sensibles au couple prix-disponibilité. Quand les arrêts se multiplient en période de chaleur, le sujet ne concerne pas seulement EDF : il remonte jusqu’aux grands consommateurs d’électricité et, in fine, à la sécurité d’approvisionnement.
La lecture business est donc double. D’un côté, l’électricien public mise manifestement sur une expertise d’exploitation très ancrée pour tenir la performance d’un site exposé. De l’autre, cette nomination rappelle que la gouvernance des centrales ne se résume plus à la sûreté et à la maintenance programmée. Elle doit désormais intégrer un paramètre devenu structurel : l’adaptation au changement climatique.
EDF a d’ailleurs déjà chiffré cet enjeu à l’échelle du parc. Selon les informations publiées par Le Monde, le groupe prévoit d’investir près de 9 Md€ sur quinze ans pour adapter ses centrales au réchauffement climatique. Pour un dirigeant de site, cela signifie des arbitrages plus complexes entre exigences de production, contraintes environnementales locales, maintenance et acceptabilité territoriale.
Le territoire comme deuxième ligne de responsabilité
Golfech n’est pas seulement une installation industrielle de deux réacteurs. C’est aussi un employeur majeur et un point d’appui économique pour son bassin. En insistant sur le lien entre la centrale, son histoire locale et son tissu économique, Muriel Dachicourt reprend un registre classique chez EDF, mais qui correspond à une réalité très suivie par les élus, les sous-traitants et les entreprises de maintenance.
La future séquence de mandat se jouera donc sur plusieurs fronts à la fois. Il y a, d’abord, la continuité d’exploitation au quotidien. Il y a, ensuite, la capacité à traverser des épisodes climatiques plus fréquents sans dégrader excessivement la production. Il y a, enfin, la relation avec un territoire où la centrale reste un acteur structurant, y compris en matière d’emplois qualifiés et de commandes industrielles.
Cyril Hisbacq laisse ainsi un site qui entre dans une phase de gestion plus serrée des aléas environnementaux. Muriel Dachicourt en prend les commandes avec un avantage net : sa carrière entière s’est faite dans les centrales d’EDF, au plus près de la conduite et de la production. Dans le nucléaire, ce n’est pas un détail biographique. C’est souvent la première condition de crédibilité.
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