Xavier Niel a été officiellement désigné ce mercredi pour reprendre 60 Millions de consommateurs, mettant fin à six mois d’incertitude pour le titre historique de l’Institut national de la consommation (INC). Le choix du fondateur de Free, validé lors d’un comité social et économique (CSE) puis d’une réunion d’information du personnel, écarte l’offre concurrente de Que Choisir Ensemble, l’entité issue de l’UFC-Que Choisir, selon Lionel Maugain, délégué CFDT au magazine cité par Le Figaro.
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Le projet de reprise, porté par le holding NJJ Médias, prévoit le maintien de 29 emplois, dont l’intégralité de la rédaction, tandis qu’une vingtaine de postes seront supprimés dans les services support. Une restructuration ciblée qui préserve l’outil éditorial, mais réduit les coûts fixes d’un titre revenu à l’équilibre en 2025 après des années de déficit. L’INC, mis en liquidation par la loi de finances 2026, avait enregistré un bénéfice de 236 000 euros l’an dernier, contre une perte de 719 000 euros en 2024, pour un chiffre d’affaires de 11,9 millions d’euros.
Un actif stratégique dans un marché recomposé
Avec 71 000 abonnés et 20 000 ventes en kiosque par numéro, 60 Millions de consommateurs reste un acteur clé de l’information indépendante sur les produits et services. Sa reprise par Xavier Niel, qui s’est engagé à « préserver l’ADN du titre » selon le syndicaliste, marque un tournant dans la recomposition du secteur. L’opération illustre aussi la stratégie du groupe NJJ, déjà présent dans les médias (Le Monde, L’Obs, Télérama), qui consolide son portefeuille autour d’actifs à forte notoriété.
Le choix de l’État, via le liquidateur nommé par décret fin mars, a privilégié une solution privée plutôt qu’une fusion avec Que Choisir, évitant ainsi une concentration jugée risquée pour la diversité éditoriale. « C’est une victoire pour l’indépendance du titre, mais aussi pour les salariés, qui sortent enfin du flou », commente un cadre du magazine, évoquant les tensions estivales autour du manque de transparence sur les projets de reprise.
Licenciements et désengagement public : les coûts de la transition
Si la reprise sauvegarde l’essentiel des emplois éditoriaux, elle s’accompagne d’une réduction des effectifs dans les fonctions support, une décision qui reflète la nécessité de rationaliser les coûts après des années de gestion publique. Le décret de liquidation de l’INC, publié en mars, avait fixé un délai de trois mois pour trouver un repreneur, prolongé face à la complexité des négociations. « L’État a joué son rôle de facilitateur, mais sans garantie sur l’emploi », souligne un observateur du secteur.
Pour Xavier Niel, cette acquisition s’inscrit dans une logique de diversification, alors que le groupe NJJ est déjà un acteur majeur des télécoms et du numérique. Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé, mais les analystes estiment que la valeur du titre repose davantage sur son capital marque et son audience que sur ses résultats financiers. « C’est un pari sur l’avenir, dans un contexte où l’information consommateur devient un enjeu de pouvoir », analyse un consultant en stratégie média.
Un modèle économique à réinventer
Reste à savoir comment NJJ Médias compte pérenniser 60 Millions de consommateurs dans un paysage médiatique en crise. Le titre, fondé en 1970, a vu son modèle économique fragilisé par la baisse des ventes en kiosque et la concurrence des comparateurs en ligne. « La reprise par un acteur privé offre une bouffée d’oxygène, mais il faudra innover pour capter de nouvelles recettes publicitaires ou des abonnements premium », estime un expert du secteur.
Les salariés, qui avaient dénoncé en juillet le « flou total » entourant les négociations, attendent désormais des garanties sur l’indépendance éditoriale et les moyens alloués. « Xavier Niel a promis de ne pas toucher à l’ADN du magazine, mais les promesses n’engagent que ceux qui les croient », tempère un journaliste du titre. Une prudence qui rappelle que les reprises de médias, même portées par des entrepreneurs expérimentés, restent des opérations à haut risque.
Pour l’État, cette cession marque la fin d’un chapitre entamé avec la liquidation de l’INC, un désengagement qui s’inscrit dans une logique plus large de réduction des dépenses publiques. Reste à voir si cette privatisation servira de modèle pour d’autres actifs médiatiques détenus par la puissance publique.
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