Sopht, également connue sous le nom de Greenbuddy, boucle un troisième tour de table de 7,5 M€, dont 5 M€ en fonds propres, pour pousser plus loin un sujet encore peu visible dans les budgets technologiques : la chasse au gaspillage dans les infrastructures informatiques. Fondée en 2021 à Lyon, la société porte ainsi à 10 M€ le total levé depuis sa création, avec un tour soutenu par Ternel, Axeleo, Wind Capital et FDJ.
Le sommaire
Le point n’est pas anecdotique. Alors que la dépense IT reste tirée par l’explosion des volumes de données et par la montée en charge de l’intelligence artificielle, Sopht défend une promesse moins glamour que les grands récits de l’IA générative, mais plus immédiatement mesurable : repérer les ressources cloud et systèmes sous-utilisées, puis automatiser une partie des arbitrages pour alléger à la fois la facture et l’empreinte carbone. Les éléments de l’opération ont été détaillés par Les Échos.
Une dilution contenue pour financer une phase d’early-growth
Le signal envoyé par cette levée tient autant à son montant qu’à sa structure. Selon les informations disponibles, l’équipe dirigeante conserve plus de 50 % du capital après l’opération. Pour une société encore jeune, déjà engagée dans une phase de déploiement commercial, cela traduit une dilution maîtrisée à un moment où nombre de start-up arbitrent entre vitesse de croissance et maintien du contrôle.
À la tête du groupe, Jérémie Veg, 39 ans, cofondateur et directeur général, porte un discours assez éloigné du vocabulaire habituel de la tech. Son constat est simple : la sobriété numérique pèse encore peu face à la logique d’accumulation des capacités de stockage et de calcul. Or cette inflation matérielle et logicielle s’accélère avec l’IA, qui augmente les besoins en serveurs, en puissance de traitement et en conservation de données.
Sopht commercialise une plateforme SaaS capable d’agréger automatiquement des données issues d’environnements IT hétérogènes, notamment en multi-cloud, via des API dites agnostiques, c’est-à-dire non dépendantes d’un fournisseur unique. L’outil identifie ensuite des gisements d’optimisation : ressources inutilisées, surdimensionnement, redondances ou mauvaises configurations. L’enjeu, pour les directions informatiques comme pour les DAF, est double : réduire les émissions associées aux infrastructures et reprendre la main sur des coûts souvent dispersés entre plusieurs briques techniques.
Sopht Greenbuddy levée de fonds : un marché encore en construction
Le positionnement de Sopht s’inscrit dans un segment qui commence à se structurer, à la croisée de la décarbonation et du pilotage des actifs numériques. Le sujet est moins mûr que celui de l’efficacité énergétique des bâtiments, où certains acteurs ont déjà consolidé leur place. Le mouvement de concentration observé chez Deepki en fournit un indicateur : la société a enchaîné plusieurs acquisitions sur ce marché de la performance environnementale, comme le rappelait récemment Les Échos dans un article consacré à la rationalisation du secteur.
Dans l’IT, la difficulté est différente. Les directions des systèmes d’information disposent de très nombreux outils de supervision, mais peu sont conçus d’abord sous l’angle du carbone et de la sobriété. S’y ajoute une fragmentation technique persistante : infrastructures sur site, clouds publics, couches applicatives et usages métiers ne parlent pas toujours le même langage. C’est précisément là que Sopht cherche sa place, en se présentant comme une couche de lecture et d’action transverse.
La société revendique déjà des déploiements chez de grands comptes publics et privés, en France comme à l’international. Le nom du NHS britannique, le système de santé du Royaume-Uni, est mis en avant dans ce portefeuille. Pour une structure d’une quarantaine de salariés, basée à Lyon, Villeurbanne et Paris, cette référence compte. Elle suggère que l’outil peut dépasser le stade du proof of concept et s’installer dans des environnements complexes, où les achats technologiques sont plus lents et les contraintes de conformité plus lourdes.
Allemagne, Royaume-Uni : la priorité est désormais commerciale
Le produit n’est plus au stade de l’amorçage pur. Lancée au début de 2022, la plateforme a déjà connu une première séquence de financement structurante en 2024, avec 3,3 M€ levés auprès de Ternel et Axeleo Capital, avec le soutien de Ring Capital et Climate Club, aux côtés d’investisseurs historiques comme Wind Capital, Evolem et Plug & ; Play. Le nouveau tour doit servir à changer d’échelle.
La feuille de route annoncée cible d’abord l’Allemagne et le Royaume-Uni. Le choix n’a rien d’exotique. Le Royaume-Uni offre déjà à Sopht un point d’appui commercial avec le NHS, tandis que l’Allemagne concentre un tissu industriel dense, de grands comptes exportateurs et une sensibilité croissante aux sujets d’efficacité énergétique et de traçabilité environnementale. Pour une entreprise de cette taille, l’enjeu ne sera pas seulement de vendre en direct, mais d’épaissir un réseau de partenaires intégrateurs capables d’embarquer la solution dans des projets de transformation plus larges.
Ce point mérite attention. Dans les logiciels B2B, surtout quand ils touchent au cœur de l’infrastructure, la croissance passe rarement par un canal unique. Les intégrateurs, cabinets de conseil cloud, spécialistes FinOps ou partenaires de modernisation des systèmes deviennent des multiplicateurs commerciaux. Ils servent aussi de tiers de confiance auprès de clients qui hésitent à ajouter un outil supplémentaire dans un paysage logiciel déjà dense.
Une promesse sous surveillance : convertir l’intérêt écologique en budget récurrent
Reste la vraie question, celle que posent les investisseurs comme les grands comptes : la sobriété numérique peut-elle devenir une ligne budgétaire récurrente, et pas seulement un sujet de communication RSE ? Toute la solidité du modèle de Sopht se jouera là. Son argumentaire est potentiellement robuste, car il articule réduction d’émissions et économies opérationnelles, une combinaison souvent plus convaincante qu’un bénéfice climatique seul.
Mais le marché demeure exigeant. Les entreprises demandent des retours sur investissement rapides, des intégrations simples et des résultats vérifiables. Sur ce terrain, l’automatisation promise par Sopht sera observée de près : réduire manuellement quelques ressources inutiles ne suffit pas à bâtir une catégorie logicielle durable ; industrialiser l’optimisation, en revanche, peut créer un véritable outil de pilotage.
Avec 10 M€ levés en cinq ans d’existence à peine, un actionnariat encore majoritairement entre les mains du management et une base clients qui inclut déjà un acteur public majeur outre-Manche, la start-up lyonnaise dispose d’un dossier plus solide que la moyenne des jeunes pousses à impact. La prochaine étape sera moins narrative que très concrète : transformer cette levée en contrats récurrents hors de France, sans perdre l’avantage produit dans un marché qui, lui aussi, commence à se professionnaliser.
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