La question de risque natech feux de forêt devient centrale pour les acteurs concernés. Voici les éléments essentiels à retenir.
Le sommaire
Risque natech feux de forêt : points clés
Le 22 juillet 2026, un incendie parti des Landes a ravagé la Gironde, mettant sous tension les sites industriels situés en lisière de forêt. En quarante-huit heures, les autorités ont déployé des périmètres de sécurité autour de plusieurs unités classées Seveso, dont le site de Sainte-Hélène d’un groupe aérospatial, où sont stockés des produits explosifs comme le perchlorate d’ammonium. Bilan : 42 000 hectares brûlés, 220 000 personnes évacuées et une activité économique locale paralysée, avec 14 500 entreprises contraintes de ralentir ou d’interrompre leur production. Un scénario qui illustre l’urgence pour les industriels de repenser leur gestion du risque NaTech – ces accidents industriels déclenchés par un aléa naturel.
La France n’en est pas à son premier épisode. Depuis le début de l’année, plus de 50 000 hectares ont déjà brûlé, un niveau supérieur à celui de 1949, année du “grand incendie” historique. Avec 17,5 millions d’hectares de forêt couvrant 32 % du territoire métropolitain, le pays est devenu un terrain propice aux mégafeux, amplifiés par le réchauffement climatique. Météo-France maintient des alertes “élevé à très élevé” sur une large partie du territoire, tandis que la saison des incendies s’allonge, grignotant désormais l’hiver. Pour les industriels, l’équation est simple : plus les forêts brûlent, plus les sites exposés doivent anticiper.
Seveso en alerte : quand la forêt menace les process critiques
Les sites Seveso, qui manipulent des substances dangereuses, sont en première ligne. À Sainte-Hélène, l’évacuation préventive a révélé la vulnérabilité des installations face à un feu de forêt. “Les études de danger, obligatoires pour ces sites, intègrent déjà les risques NaTech, mais la fréquence et l’intensité des incendies actuels dépassent souvent les scénarios envisagés”, souligne un responsable de la DREAL Nouvelle-Aquitaine cité par Le Monde. Résultat : les exploitants doivent revoir leurs plans de prévention, avec des mesures concrètes comme le débroussaillement renforcé, la création de coupures-feu ou l’installation de systèmes d’extinction autonomes.
Le coût de ces adaptations n’est pas neutre. Selon une étude de l’INERIS, les investissements nécessaires pour sécuriser un site Seveso contre les feux de forêt peuvent atteindre plusieurs millions d’euros, selon la taille et la complexité des installations. Pour les PME locales, souvent sous-traitantes des grands groupes, l’impact est encore plus brutal : “Elles n’ont pas toujours les moyens de financer des redondances industrielles ou des plans de continuité d’activité robustes”, explique un consultant en gestion des risques. En Gironde, certaines ont dû transférer leurs équipements sensibles en urgence, tandis que d’autres ont vu leurs chaînes logistiques bloquées pendant plusieurs jours.
Neuf feux sur dix d’origine humaine : la prévention comme rempart
Le paradoxe est là : 90 % des feux de forêt en France sont d’origine humaine, selon les données du ministère de la Transition écologique. Un chiffre qui place la vigilance des salariés, des sous-traitants et des riverains au cœur des priorités. “Un mégot mal éteint, une étincelle lors de travaux de maintenance, ou même un véhicule mal stationné peuvent déclencher un incendie aux conséquences industrielles majeures”, rappelle un expert en sécurité incendie. Les industriels sont donc incités à renforcer les protocoles de sécurité, notamment lors des périodes à haut risque, comme les canicules ou les épisodes de vent fort.
La réglementation évolue aussi. Les plans de prévention des risques (PPR) intègrent désormais des prescriptions plus strictes pour les sites situés en interface forêt-industrie. “Les exploitants doivent démontrer qu’ils ont pris en compte le risque feu de forêt dans leurs études de danger, sous peine de sanctions”, précise un juriste spécialisé en droit de l’environnement. Une pression supplémentaire pour les groupes, qui doivent aussi composer avec des assureurs de plus en plus regardants. “Les primes pour les sites exposés ont augmenté de 20 à 30 % en deux ans”, indique un courtier en risques industriels.
2026, année charnière pour la résilience industrielle
L’incendie de Gironde a servi d’électrochoc. Plusieurs fédérations professionnelles, comme l’UIMM ou France Chimie, ont lancé des groupes de travail pour partager les bonnes pratiques. “L’enjeu n’est plus seulement de protéger les sites, mais de garantir la continuité de l’approvisionnement pour des filières entières, comme l’aéronautique ou la chimie”, souligne un dirigeant du secteur. Certains groupes, comme Airbus ou Arkema, ont déjà investi dans des systèmes de détection précoce par drones ou satellites, couplés à des alertes en temps réel.
Reste une inconnue : l’adaptation des territoires. “Les zones industrielles ont souvent été construites en lisière de forêt pour des raisons historiques, comme l’accès à l’eau ou aux matières premières. Aujourd’hui, ces choix se retournent contre nous”, analyse un urbaniste. Des voix s’élèvent pour repenser l’aménagement du territoire, avec des zones tampons obligatoires entre les sites sensibles et les massifs forestiers. Une piste qui pourrait figurer dans le prochain plan national de prévention des risques, attendu pour 2027.
En attendant, les industriels n’ont pas le choix : anticiper, investir, et surtout, ne plus considérer les feux de forêt comme un risque lointain. “En 2026, un site en bordure de forêt qui n’a pas revu son plan de prévention est un site en danger”, résume un responsable sécurité d’un groupe du CAC 40. La prochaine saison des feux, elle, ne tardera pas.
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