Eurazeo : points clés
Eurazeo (SIREN 692030992) publie son rapport financier semestriel au 30 juin 2026, marquant une progression de 9 % de ses actifs sous gestion (AUM) à 40 Mds€. Les actifs pour compte de tiers atteignent 31,1 Mds€ (+13 %), tandis que les actifs générant des commissions (FPAUM) s’élèvent à 29,4 Mds€ (+6 %). Les commissions de gestion totalisent 213 M€, en hausse de 6 %, avec une progression de 14 % pour les commissions issues de tiers. L’EBITDA de la gestion d’actifs bondit de 20 % à 100 M€, porté par une marge de 44,7 % (+430 points de base).
Le sommaire
Le résultat net part du groupe s’établit à -6 M€, une nette amélioration par rapport aux -311 M€ du S1 2025. Cette performance reflète une contribution accrue de la gestion d’actifs (+38 % à 86 M€) et un retour à une création de valeur positive dans le portefeuille d’investissement (-69 M€ contre -364 M€ un an plus tôt). La valeur nette du portefeuille atteint 6,9 Mds€, soit 105,4 € par action (+3,3 %), avec une création de valeur organique de +0,3 %.
Dynamique de collecte et rotation d’actifs
La collecte auprès de tiers s’élève à 2,3 Mds€ (+10 % vs S1 2025), tirée par le Private Debt (+73 % à 1,5 Mds€) et le Private Equity (0,7 Md€). Le fonds Eurazeo Private Debt VII (EPD VII) clôture à 3,9 Mds€, dépassant son objectif initial de 3 Mds€. En Private Equity, le fonds Eurazeo PME V atteint déjà 1 Md€ de levées, égalant la taille totale de son prédécesseur. Les cessions totalisent 0,7 Md€, dont 0,3 Md€ pour le bilan, avec des multiples attractifs (ex. : Fermax à 2,6x, Ex Nihilo à 2,7x). Les déploiements s’élèvent à 1,9 Mds€, dont 1,2 Mds€ en Dette Privée.
Le dry powder atteint 6,6 Mds€ (+20 %), offrant des marges de manœuvre significatives pour les investissements futurs. Eurazeo confirme son internationalisation, avec 70 % des flux institutionnels provenant de Limited Partners hors de France.
Trésorerie, dette et retour aux actionnaires
L’endettement net consolidé s’établit à 1,493 Md€ (24 % de gearing), incluant une dette nette de 1,389 Md€ pour Eurazeo SE. Le groupe a émis en avril 2026 une obligation senior de 500 M€ à 4,625 %, sursouscrite 4 fois, reflétant la confiance des investisseurs. Le retour aux actionnaires s’accélère : dividende ordinaire en hausse de 10 % à 2,92 € par action (200 M€ distribués), et programme de rachat d’actions de 4 % du capital en 2026 (120 M€). Le retour total aux actionnaires est confirmé à 2,3 Mds€ sur 2024-2027, avec une accélération prévue en 2027 (9 % de rachats supplémentaires).
Perspectives et durabilité
Eurazeo maintient ses objectifs stratégiques présentés lors du Capital Markets Day de novembre 2023, visant à devenir un acteur de référence en gestion d’actifs privés en Europe. Les AUM dédiés à l’impact atteignent 6,5 Mds€ (+7 % vs fin 2025), avec des fonds comme ESMI II (décarbonation maritime) et Kurma Biofund IV (santé). Les effectifs restent stables à 451 personnes (hors iMGP).
Pour consulter la source : communiqué officiel OAM.
Mise en perspective
Cette publication confirme la transformation d’Eurazeo en un acteur hybride, où la gestion d’actifs (78 % des AUM) devient le moteur de rentabilité, compensant les aléas de valorisation du portefeuille historique. La création de valeur positive du bilan, après deux semestres de corrections, et la diversification des sources de financement (notation Investment Grade) renforcent la résilience du modèle. Pour les investisseurs, la hausse du dividende et l’accélération des rachats d’actions signalent une priorité claire : maximiser le retour actionnarial, tout en consolidant une plateforme de gestion scalable. Les concurrents (Tikehau, Ardian) devront surveiller la progression des marges de la gestion d’actifs (44,7 % d’EBITDA), un différentiel clé dans un marché où la collecte reste compétitive.
Analyse par activité
La performance contrastée entre la gestion d’actifs et le portefeuille direct illustre la réussite d’un modèle bifurqué : la gestion d’actifs apporte des flux récurrents et des marges élevées tandis que le portefeuille historique reste exposé aux variations de valorisation des participations. La forte collecte en Private Debt renforce la visibilité des revenus futurs grâce aux commissions de gestion et au carry potentiel. Le Private Equity, bien que plus cyclique, montre une bonne dynamique de levées et des sorties avec multiples attractifs, ce qui améliore la liquidité et la rotation du portefeuille.
Sur le segment impact, la montée en puissance des AUM dédiés confirme l’intérêt des investisseurs pour des stratégies ESG orientées transition et santé. Cela crée un levier commercial distinctif pour Eurazeo, lui permettant de capter des flux institutionnels différenciés et d’améliorer son mix de revenus à terme.
Risques et sensibilités
Les principaux risques restent la sensibilité des valorisations de Private Equity aux conditions macroéconomiques et aux taux, ainsi que la compétition accrue pour la collecte. La dépendance croissante aux commissions tierces implique également une vulnérabilité aux mouvements de marché qui pourraient freiner la collecte. Enfin, la stratégie de rachat d’actions et le maintien d’un dividende soutenu nécessitent une gestion prudente du levier financier pour préserver la flexibilité opérationnelle.
Conclusion et recommandations
Eurazeo montre un repositionnement réussi vers un modèle davantage axé sur la gestion d’actifs, avec des indicateurs opérationnels en nette amélioration et un message clair aux investisseurs via dividendes et rachats. Pour les portefeuilles exposés au titre, la clé sera d’évaluer la durabilité de la collecte et la capacité à convertir le dry powder en opérations créatrices de valeur. Les investisseurs souhaitant s’exposer à la thèse d’un gestionnaire premium en Europe garderont un œil sur la qualité des sorties Private Equity et la stabilité des marges dans la gestion d’actifs.


