Soitec a réécrit ses prévisions en moins d’un mois. Mercredi soir, le spécialiste isérois des substrats semi-conducteurs a annoncé une révision à la hausse de ses objectifs pour sa division Photonics-SOI, portée par une demande explosive dans les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Le titre a bondi de 15 % jeudi matin à Paris, effaçant d’un coup une correction de 27 % sur trois mois et portant sa performance annuelle à +380 %, la plus forte du SBF 120.
Le sommaire
Des prévisions obsolètes en trente jours
En juillet, Soitec avait avancé sa publication trimestrielle d’une semaine pour annoncer une croissance de plus de 30 % de ses revenus au deuxième trimestre de l’exercice décalé 2026-2027, déjà bien au-dessus du consensus (+8 %). Un mois plus tard, ces chiffres sont dépassés : le groupe table désormais sur une progression d’environ 50 % à périmètre et taux de change constants pour la période juillet-septembre. La division Photonics-SOI, qui pèse désormais près de 30 % du chiffre d’affaires total, devrait atteindre 75 M$ au T2, contre 25 M$ un an plus tôt. Pour l’ensemble de l’exercice, Soitec vise entre 250 et 300 M€, soit 2,5 à 3 fois le niveau de 2025-2026 (100 M$). Ces projections dépassent largement les attentes des analystes, qui tablaient sur 31 M$ au T2 et 210 M€ sur l’année.
Cette accélération s’explique par la connectivité optique à très haut débit dans les infrastructures IA, où Soitec fournit les substrats pour la quasi-totalité des puces photoniques sur silicium. Les émetteurs-récepteurs enfichables, les solutions Near-Package Optics (NPO) et les architectures co-packagées (CPO) tirent la demande, selon les détails communiqués par le groupe. UBS estime que Soitec détient 95 % de ce marché de niche, ce qui explique l’élasticité de ses revenus face à la croissance des data centers.
Un rapport de force inversé avec les clients
Face à cette tension, Soitec a durci sa politique commerciale. Le directeur général Laurent Remont a détaillé dans un entretien à Reuters une nouvelle approche : contrats pluriannuels à prix fixes, dépôts de garantie et partage des données de stocks pour éviter les surréservations. « Nous utilisons la situation actuelle pour trouver le bon équilibre entre la valeur que nous apportons et le prix que nous pouvons demander », a-t-il déclaré. Huit des dix clients clés de la division Photonics-SOI devraient signer ces accords d’ici quelques semaines, sécurisant ainsi 80 % des capacités réservées.
Cette stratégie marque un tournant pour Soitec, qui transforme une avance technologique en pouvoir de fixation des prix. Le groupe précise qu’il n’aura pas besoin de nouvelle usine avant 2029, s’appuyant sur la réallocation de capacités existantes et l’ajout d’équipements dans ses salles blanches. Laurent Remont a qualifié les 250 M€ de chiffre d’affaires annuel pour Photonics-SOI de « plancher absolu », soulignant la confiance du management dans la visibilité du carnet de commandes.
Un rebond après une correction sévère
Cette annonce intervient après une phase de consolidation du titre, qui avait perdu 27 % entre mai et août. Les investisseurs ont salué la révision des prévisions, d’autant que le reste des activités de Soitec – notamment les substrats pour l’électronique mobile et les puces de puissance – voit ses perspectives inchangées. Le groupe confirme ainsi sa position de leader sur un segment directement exposé au déploiement des infrastructures IA, tout en sécurisant ses revenus via des engagements contractuels longs.
Pour les clients industriels, cette nouvelle donne implique une renégociation des volumes au-delà des engagements initiaux, avec un risque de tension sur les prix. Soitec, qui avait déjà relevé ses objectifs en juillet, démontre une capacité rare à ajuster ses prévisions en temps réel, un atout dans un secteur où la demande fluctue au rythme des cycles technologiques. La prochaine étape sera la publication des résultats du T2, attendue fin octobre, qui permettra de mesurer l’écart entre les promesses et la réalité opérationnelle.
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