5,3 millions de dollars pour un créneau : le nouveau record du canal de Panama
Le 1er septembre, le méthanier G. Spirit, affrété par le sud-coréen SK Gas, franchira les écluses du canal de Panama après avoir remporté une enchère à 5,3 millions de dollars. Un montant sans précédent, a confirmé Ilya Espino de Marotta, administratrice de la voie interocéanique, à l’AFP. Ce record dépasse de 30 % le précédent, établi en avril à 4 millions de dollars, et illustre la pression croissante sur les créneaux disponibles.
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Neuf transits sur dix sont réservés à l’avance, mais les places restantes – ou libérées en dernière minute – font l’objet d’enchères où les armateurs n’hésitent plus à surenchérir. « Trois enchères récentes ont atteint des niveaux élevés », a précisé Espino de Marotta, sans donner de détails. Le prix moyen, qui oscillait autour de 55 000 dollars entre octobre 2025 et février 2026, a triplé depuis.
Cette flambée s’inscrit dans un contexte de restriction des capacités. Dès le 3 septembre, le canal réduira son trafic quotidien de 36 à 34 navires, puis à 32 à partir de mi-septembre, en raison de la baisse des précipitations liée à El Niño. Les lacs Gatún et Alhajuela, qui alimentent les écluses, affichent des niveaux historiquement bas. Les Échos soulignent que cette mesure, inédite depuis 2020, affecte directement 5 % du commerce maritime mondial.
Un marché sous tension, entre climat et géopolitique
La demande pour les créneaux prioritaires s’est encore accentuée avec les perturbations dans le détroit d’Ormuz, où transite 20 % du trafic pétrolier. Le blocage, consécutif aux frappes israélo-américaines contre l’Iran fin février, a poussé les armateurs à privilégier la route panaméenne, malgré son coût. « Le canal fixe un prix de base, puis c’est le navire qui a le plus besoin du passage qui fait monter les enchères », résume Espino de Marotta, qualifiant le mécanisme de « dicté par le marché ».
Pour les chargeurs de gaz de pétrole liquéfié (GPL), comme SK Gas, les délais ont un impact direct sur les contrats. Un retard de quelques jours peut entraîner des pénalités ou la perte de cargaisons sensibles. Le G. Spirit, dont la destination n’a pas été précisée, transporte probablement une cargaison destinée à l’Asie, où la demande en énergie reste forte. BFM Business note que les armateurs asiatiques, notamment chinois et sud-coréens, sont les plus actifs sur ces enchères, prêts à payer le prix fort pour sécuriser leurs flux.
Des alternatives limitées, des coûts qui explosent
Face à la saturation du canal, les options sont rares. Le contournement par le cap Horn ajoute 8 000 milles nautiques et deux semaines de navigation, tandis que le canal de Suez, bien que moins cher, reste exposé aux risques géopolitiques. Certains armateurs misent sur des solutions hybrides, comme le hongkongais CK Hutchison, qui combine transbordement terrestre et maritime pour contourner l’engorgement. Les Échos rapportent que le groupe a investi dans des infrastructures au Panama pour accélérer ces opérations.
Les États-Unis, qui garantissent la sécurité du canal depuis les accords de 1977, suivent de près la situation. Une récente visite de hauts responsables américains a rappelé l’enjeu stratégique de cette voie, cruciale pour les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Asie. Pour les chargeurs, la facture logistique pourrait encore s’alourdir : les analystes anticipent une hausse des tarifs de fret si les restrictions persistent au-delà de l’automne.
Un modèle économique à l’épreuve du climat
Le canal de Panama, qui génère 4 milliards de dollars de revenus annuels, repose sur un équilibre fragile entre trafic et ressources en eau. Les lacs Gatún et Alhajuela, alimentés par les pluies, sont indispensables au fonctionnement des écluses. Or, El Niño, qui devrait persister jusqu’en 2027 selon les prévisions de la NOAA, aggrave la sécheresse. « Nous étudions des solutions à long terme, comme des réservoirs supplémentaires, mais elles prendront des années », a admis Espino de Marotta.
En attendant, les enchères record pourraient devenir la norme. Pour les entreprises comme SK Gas, le calcul est simple : 5,3 millions de dollars représentent moins de 1 % de la valeur d’une cargaison de GPL, mais un retard peut coûter bien plus cher. Dans un marché où les marges sont serrées, la logistique est devenue un levier de compétitivité – et un poste de dépenses en forte hausse.
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