Le numéro deux mondial des spiritueux a rendu ses comptes ce matin. Pernod Ricard boucle un exercice 2025-2026 marqué au fer rouge : un chiffre d’affaires en recul de 3,9 % en organique, à 9,4 milliards d’euros, repassant sous la barre symbolique des 10 milliards. Deux moteurs historiques en panne – les États-Unis et la Chine – et un projet de fusion avorté avec Brown-Forman ont transformé l’année en parcours d’obstacles.
Le sommaire
L’Amérique et l’Asie tirent les ventes vers le bas
Les États-Unis, premier marché mondial des spiritueux, ont infligé au groupe une chute de 14 % de ses ventes annuelles. Un repli qui s’explique par une consommation atone et des droits de douane toujours pénalisants, malgré les tentatives de contournement via des partenariats locaux. La Chine, deuxième débouché du groupe, n’a pas fait mieux : -19 % sur l’exercice, sous l’effet d’une demande en berne et de contraintes réglementaires accrues sur les importations d’alcool étranger.
Le concurrent britannique Diageo, propriétaire des marques Johnnie Walker et Don Julio, subit une dynamique comparable. Ses ventes en Amérique du Nord ont reculé de 8 % sur son dernier exercice, avec un plongeon de 11 % aux États-Unis. Preuve que la crise dépasse le seul cas Pernod Ricard : le secteur des spiritueux premium traverse une phase de correction après des années de croissance à deux chiffres.
Un redressement en demi-teinte
L’exercice n’a pas été linéaire. Après un premier semestre catastrophique (-5,9 %), Pernod Ricard a enregistré un léger mieux au second semestre (-1,3 %), sans pour autant renouer avec la croissance. Le quatrième trimestre reste orienté à la baisse, confirmant que la reprise n’est pas encore au rendez-vous. Le groupe mise désormais sur une refonte de ses formats produits – miniatures, packs nomades – pour tenter de séduire une clientèle plus volatile.
L’échec des discussions avec Brown-Forman, annoncé en mars, a laissé des traces. Le projet de fusion, qui aurait créé un géant pesant plus de 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires, a été abandonné face à l’opposition des autorités de la concurrence américaines et européennes. Une occasion manquée pour Pernod Ricard, qui doit désormais compter sur ses seules forces pour relancer la machine.
Un secteur en pleine restructuration
Le leader mondial Diageo a lui aussi présenté des comptes en recul de 2 % sur son dernier exercice, à 19,6 milliards de dollars. Le groupe britannique a lancé un vaste plan de restructuration, avec des suppressions d’emplois et une réorganisation de ses marques. Pernod Ricard, de son côté, n’a pas encore annoncé de mesures similaires, mais les analystes s’attendent à des arbitrages sur son portefeuille de marques secondaires.
Le marché chinois, autrefois eldorado des spiritueux occidentaux, reste un sujet de préoccupation. Les ventes de cognac Martell, fer de lance du groupe en Asie, ont chuté de 22 % sur l’exercice. Une tendance qui pourrait s’aggraver si les tensions commerciales entre Pékin et l’Occident persistent. Aux États-Unis, la guerre des prix entre distributeurs et la montée en puissance des spiritueux locaux (bourbon, tequila) compliquent la donne.
Pour l’exercice en cours, les investisseurs scruteront deux indicateurs clés : la capacité du groupe à stabiliser ses ventes en Amérique du Nord et les premiers effets de sa stratégie de reconquête en Chine. Sans rebond sur ces deux marchés, Pernod Ricard pourrait être contraint de revoir ses ambitions à la baisse.
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Sources :
Pernod Ricard (EPA : RI) – Les Échos
Rémy Cointreau confirme ses objectifs 2026-2027 – Investir Les Échos
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