réaffecter le temps libéré est la proposition centrale de Frédéric Worms dans un entretien qui interroge la traduction économique des promesses de l’intelligence artificielle. Professeur et directeur de l’École normale supérieure, ancien membre du Comité consultatif national d’éthique, Worms appelle les organisations à convertir les gains de productivité en temps dédié à la formation, à la qualité des services et à la coordination sociale plutôt qu’en simple compression d’emplois.
Réaffecter le temps libéré : un impératif RH
L’entretien, publié dans la rubrique Entretiens idées du Monde, ne livre pas de chiffrage économique mais pose un diagnostic politique et organisationnel : si l’IA déleste certaines tâches, le véritable enjeu sera la redistribution de ce temps au sein des entreprises. Pour les directions des ressources humaines et les DAF, cela se traduit par des décisions concrètes : plans de montée en compétences, révision des fiches de poste, et arbitrages budgétaires entre gains de productivité et investissements en formation.
Worms, qui a publié plusieurs essais en 2024 et prépare un nouvel ouvrage aux PUF, ancre sa réflexion dans une perspective civique autant que professionnelle. Sa mise en garde rejoint les travaux qui montrent que les effets macroéconomiques des technologies ne se matérialisent que si les acteurs organisent le partage du temps et du travail. À défaut, le dividende technologique risque d’accentuer les inégalités et de tendre les relations sociales.
Pour les dirigeants, l’impact est matériel : qui financera la formation continue ? Comment réécrire les descriptions de poste et les covenants internes pour intégrer des activités de coordination ou d’accompagnement client ? Ces questions appellent des choix de gouvernance et, souvent, des négociations collectives. Le propos renvoie aussi à une interrogation pratique sur le calendrier : la requalification des temps de travail suppose des investissements à court terme pour des gains sociaux et qualitatifs à moyen terme.
La conclusion est politique autant qu’opérationnelle. Traduire l’appel de Worms en politique RH relève d’une coordination entre DRH, directions financières et instances représentatives du personnel ; la méthode et le financement détermineront si les gains d’IA deviennent une opportunité de montée en compétence ou un facteur de disruption sociale. D’ici là, l’entretien invite les entreprises à concevoir le temps comme un actif stratégique, non comme une variable d’ajustement immédiate.
Pour lire l’entretien et le contexte éditorial de cette prise de position, voir le dossier du Monde sur l’actualité en continu : Le Monde — archives et analyses.
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